Un OVNI. On en ressort pas indemne ! Mais c'est quoi au juste, cette chose ? Un documentaire ? Une fiction ? Un polar ? Une tragédie ? Une comédie ? Un peu tout cela à la fois, et c'est ce qui en fait un OVNI ! Bien sûr, on a eu le temps de voir apparaitre ce nouveau genre qu'est la "docu-fiction" avec les films de Mickael Moore, ou celui de Morgan Spurlock, Super Size Me. Mais là, rien à voir ! Déjà, la forme est déroutante : un film tourné en trois ans, aux quatre coins du Monde, d'une durée de 2h15 (qu'on ne voit pas passer !), filmé caméra (numérique) au poing, son direct... Ce qui peut parfois donner le mal de mer, mais qui surtout apporte une grande vitalité, comme dans les films similaires sur la forme que sont Festen ou C'est arrivé près de chez vous. Ensuite, le sujet peut dérouter les non-spécialistes : l'exploration de l’univers du vin... mais dès le début du film on se rend compte que tout ceci n'est qu'un prétexte à faire une charge irrésistible contre la mondialisation ! Contrairement à Moore dans ses documentaires, ici, l'intervieweur reste neutre, et l'ironie n'apparait que dans la façon dont est monté le film, et dans les arrières plans narquois, ce qui est beaucoup plus subtile ! (il faut vraiment que Fahrenheit 9/11 soit un chef-d'oeuvre - je ne l'ai pas encore vu - pour qu'il ait eu la palme d'or devant ce film-ci !)

L'histoire nous entraîne de la Californie au Languedoc, en passant par l’Argentine, la Toscane, la Sardaigne, le Bordelais, le Brésil, la bourgogne... à la rencontre des hommes, petits producteurs ou géants cotés en bourse, qui font le vin aujourd’hui. À travers cette galerie de portraits, on découvre que, de nos jours, la vigne n’est plus une affaire de terre et de goût, mais bien de gros sous et de business. En effet, la mondialisation n’épargne pas les vignerons et, en s’immisçant dans le petit monde du vin, Notisser décortique ce processus, ses étapes, sa logique, ses répercussions sur l’économie et sur la vie des hommes. Il démontre qu’elle conduit inéluctablement à un formatage des goûts et des envies. Ainsi les "wine-maker" ont su imposer un cépage : le merlot, et une uniformisation des grands crus... mais certains resistent !

Mondovino c'est également de magnifiques paysages (le Béarn, la Sardaigne, la Toscane, la Californie, l’Argentine et la Bourgogne), mais aussi une description pittoresque et universelle des relations familiales... et de celles entre l'Homme et le Chien (l’animal comme révélateur de la personnalité du maître), avec des chiens en gros plan : qui aboient, qui reniflent, qui pétent et qui pissent (sur des croix catholiques, de préférence !) Mondovino c'est donc surtout un humour ravageur, des dialogues pitoresques, des situations à éclater de rire ! Et derrière tout ça, une reflexion politique majeure, où l'on voit clairement deux camps s'affronter, avec, à ma gauche, par exemple, Neal Rosenthal, négociant en vins américain qui déclare :

A Bordeaux le terroir existe, mais ils le detruisent. Ils répriment leur terroir. Tout comme nos libertés sont réprimées ici, aux Etats-Unis aujourd’hui. On dit : "Soyons patriotes. Abandonnons nos libertés. Plus la peine d’avoir un débat. Acceptons tout." C’est une bataille entre collaborateurs et résistants. Ce n’est pas entre la modernité et la tradition. Car on peut être moderne tout en respectant la tradition.

Ou encore Aimé Guibert, viticulteur dans le Languedoc, qui affirme :

Le vin est mort. Soyons clairs, le vin est mort. Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits, les fromages...

A ma droite, face à eux, les grandes dynasties du vin, celles d'amérique du sud qui étaient liées à Peron ou celles d'Italie liées à Mussolini ("sous Mussolini les trains arrivaient à l'heure" disent-elles pour se justifier !) ou bien encore en France les Rotschild, toutes ces dynasties s'allient avec le président de la world company des vins, Michael Mondavi qui déclare :

Nous voulons fonder une dynastie. Dans dix ou quinze générations, ce serait génial de voir nos héritiers faire du vin sur d’autres planètes. Ça serait drôle, non? "Allo, Scotty? Téléporte-moi une bouteille de vin de Mars !

Ces gens-là se battent pendant qu'en argentine, un producteur de un hectare de treille vit avec passion son métier. Lui qui vit dans une baraque insalubre sera le seul, durant tout le film, à offrir une bouteille de son vin à l'intervieweur, gêné, et à "la signorita"...

Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire : acheter le plus rapidement une place de cinéma. Et si vous êtes en province, attendez qu'il sorte en DVD. Sinon téléchargez-le, volez-le, peu importe ! Je suis persuadé que le réalisateur, qui est un type bien, ne vous en voudra pas !