"Monde de merde" peut-on lire ici ou sur la toile. L'indignation, le sentiment de révolte, la haine enfle chez les tenants des logiciels libres. Les brevets logiciels vont donc apparaitre. Après ceux, ignobles aussi, sur le vivant. Car cette histoire de brevets logiciels ne concerne pas que les fadas de Linux, les gourous des logiciels libres ou bien encore les guerilleros du copyleft... elle nous concerne tous. La brevetisation a déjà fait des ravages dans d'autres domaines : la pharmacie, avec l'impossibilité de diffuser des médicaments génériques en Afrique ; l'agriculture, avec les OGM comme le maïs transgénique stérile qui oblige l'agriculteur à racheter des semances chaque année, alors qu'il pouvait replanter ses graînes auparavant ; l'industrie avec l'invention du moteur à eau qui ne se développera jamais car tous les brevets inimaginables ont été déposés par les grandes compagnies pétrolières... la liste noire est longue de ce fléau qu'est le brevet !

Le mieux est encore de lire Michel Rocard, (mais non, ne fuyez pas !) qui a combattu au parlement européen ce projet de loi, et qui nous explique ici l'imbécilité des brevets :

"Comment est-ce que l’extraordinaire progrès technique dans lequel on a toujours vécu s’est répandu ? Par la copie. (...)

Toute idée, parce qu’elle est une idée — par statut respecté et reconnu, ça a commencé par du pillage mais ça s’est répandu — toute idée venant du cerveau des hommes est à la disposition de la totalité de l’humanité. L’invention du droit d’auteur est une manière de rendre compatible cette totale liberté d’accès au savoir, de copie, de reproduction, de tout ce que vous voudrez, avec le fait de rémunérer l’auteur et de laisser à l’auteur, le temps de sa vie, un petit droit moral de pousser un coup de gueule et d’obtenir pour réforme si on lui transforme la nature de sa création. C’est ça le droit d’auteur.

Le brevet c’est autre chose. Le brevet c’est l’interdiction à quiconque d’utiliser un objet, une idée incorporant de la matière, une idée prenant une forme matérielle, faute d’une redevance énorme. Et là, on a vu souvent ça dans l’histoire industrielle de notre pays, beaucoup de compagnies ont acheté des brevets pour empêcher qu’émerge une invention concurrente de ce qu’elles savent faire. (...)

On a cassé quelque chose dans le statut même de la diffusion du savoir dans l’humanité." (Discour de Michel Rocard, 18 février 2005, à l'Université Jean Moulin Lyon-III.)

Ainsi donc, la commission a adopté, malgrè les réticences de certains états (dont l'Espagne) et du parlement européen, le projet directive sur les brevets logiciels. On se doute bien que les pressions de géants comme Microsoft ont pesé dans la balance. Malgrè tout, il reste encore une maigre chance que le texte soit amendé lors de son dernier passage devant le parlement de Strasbourg, et une infime chance qu'il soit rejetté par ce parlement, mais je vois mal comment puisqu'il faudrait que plus de 50% des parlementaires (absents et abstentions comprises) le rejette !

Tout ceci est bien honteux pour l'Europe, car la commission (dont les membres ne sont même pas élus au suffrage universel, je vous le rappelle) fait fie de l'opinion des Etats, du Parlement démocratiquement élu, et de l'opinion publique majoritairement défavorable.

Certes, tout ceci n'a rien à voir avec le référendum sur la "constitution" européenne, et cette histoire ne justifierait pas de voter "non", mais cela ne fait que rajouter aux arguments défavorables à cette constitution et à l'idée que l'Europe s'embarque sensiblement dans l'ultra-libéralisme à l'américaine... bien que certains sur le web arrivent exactement aux conclusions contraires ! C'est ça qui est marrant avec les débats sur le référendum : un même argument peut servir les deux camps !

Une chose sur laquelle tout le monde s'acorde, c'est que ce projet est à vomir, bien que certains préférent le mot "dégobiller". Monde de merde en tout cas !