Brevets logiciels : honte à l'Europe !
Par Droop le mercredi 9 mars 2005, 15:59 - DADVSI - Lien permanent
Imaginon un monde - le nôtre - dans lequel depuis le commencement de l'humanité, la copie des inventions, des arts, des techniques, serait interdit par une loi fondamentale... Quel serait l'évolution de ce monde aujourd'hui ? Sans trop m'avancer, je crois pouvoir affirmer que nous n'en serions même pas au moyen-âge, que la découverte du feu, de l'outil, de la roue, de l'écriture... seraient restées des découvertes du moment, non réutilisées, inexploitées... et ce monde - le nôtre - vivrait encore dans un âge sombre des cavernes... Cette loi absurde, heureusement, n'a jamais existé. C'est pourtant cette loi, que la commission européenne a décidé d'adopter, pour le domaine des logiciels, ce lundi 7 mars 2005. Un grand pas en arrière qui en suit d'autres, et qui ne sera sans doutes pas le dernier.
"Monde de merde" peut-on lire ici ou là sur la toile. L'indignation, le sentiment de révolte, la haine enfle chez les tenants des logiciels libres. Les brevets logiciels vont donc apparaitre. Après ceux, ignobles aussi, sur le vivant. Car cette histoire de brevets logiciels ne concerne pas que les fadas de Linux, les gourous des logiciels libres ou bien encore les guerilleros du copyleft... elle nous concerne tous. La brevetisation a déjà fait des ravages dans d'autres domaines : la pharmacie, avec l'impossibilité de diffuser des médicaments génériques en Afrique ; l'agriculture, avec les OGM comme le maïs transgénique stérile qui oblige l'agriculteur à racheter des semances chaque année, alors qu'il pouvait replanter ses graînes auparavant ; l'industrie avec l'invention du moteur à eau qui ne se développera jamais car tous les brevets inimaginables ont été déposés par les grandes compagnies pétrolières... la liste noire est longue de ce fléau qu'est le brevet !
Le mieux est encore de lire Michel Rocard, (mais non, ne fuyez pas !) qui a combattu au parlement européen ce projet de loi, et qui nous explique ici l'imbécilité des brevets :
"Comment est-ce que l’extraordinaire progrès technique dans lequel on a toujours vécu s’est répandu ? Par la copie. (...)
Toute idée, parce qu’elle est une idée — par statut respecté et reconnu, ça a commencé par du pillage mais ça s’est répandu — toute idée venant du cerveau des hommes est à la disposition de la totalité de l’humanité. L’invention du droit d’auteur est une manière de rendre compatible cette totale liberté d’accès au savoir, de copie, de reproduction, de tout ce que vous voudrez, avec le fait de rémunérer l’auteur et de laisser à l’auteur, le temps de sa vie, un petit droit moral de pousser un coup de gueule et d’obtenir pour réforme si on lui transforme la nature de sa création. C’est ça le droit d’auteur.
Le brevet c’est autre chose. Le brevet c’est l’interdiction à quiconque d’utiliser un objet, une idée incorporant de la matière, une idée prenant une forme matérielle, faute d’une redevance énorme. Et là, on a vu souvent ça dans l’histoire industrielle de notre pays, beaucoup de compagnies ont acheté des brevets pour empêcher qu’émerge une invention concurrente de ce qu’elles savent faire. (...)
On a cassé quelque chose dans le statut même de la diffusion du savoir dans l’humanité." (Discour de Michel Rocard, 18 février 2005, à l'Université Jean Moulin Lyon-III.)
Ainsi donc, la commission a adopté, malgrè les réticences de certains états (dont l'Espagne) et du parlement européen, le projet directive sur les brevets logiciels. On se doute bien que les pressions de géants comme Microsoft ont pesé dans la balance. Malgrè tout, il reste encore une maigre chance que le texte soit amendé lors de son dernier passage devant le parlement de Strasbourg, et une infime chance qu'il soit rejetté par ce parlement, mais je vois mal comment puisqu'il faudrait que plus de 50% des parlementaires (absents et abstentions comprises) le rejette !
Tout ceci est bien honteux pour l'Europe, car la commission (dont les membres ne sont même pas élus au suffrage universel, je vous le rappelle) fait fie de l'opinion des Etats, du Parlement démocratiquement élu, et de l'opinion publique majoritairement défavorable.
Certes, tout ceci n'a rien à voir avec le référendum sur la "constitution" européenne, et cette histoire ne justifierait pas de voter "non", mais cela ne fait que rajouter aux arguments défavorables à cette constitution et à l'idée que l'Europe s'embarque sensiblement dans l'ultra-libéralisme à l'américaine... bien que certains sur le web arrivent exactement aux conclusions contraires ! C'est ça qui est marrant avec les débats sur le référendum : un même argument peut servir les deux camps !
Une chose sur laquelle tout le monde s'acorde, c'est que ce projet est à vomir, bien que certains préférent le mot "dégobiller". Monde de merde en tout cas !
Commentaires
J'ai une super idée !!! Comme d'hab...
Les codeurs de logiciels libres ont qu'à se grouiller de publier des romans dans lesquels seront écrits tous leurs codes,ne pas les éditer pour pas perdre d'argent (qui va acheter du code ?) et ensuite faire jouer le droit d'auteur d'un ROMAN lorsque des méchants kapitalistes se serviront des codes des logiciels libres pour essayer de les faire breveter : y'aura qu'à les accuser de plagiat !!!
Oui je sais je suis génial...
Et je suis beau.
Moi j'ai un brevet de natation, ca veut dire que les autres on pas le droit de nager? Ben Merde alors...
Les étoiles sont à moi, car j'y ai pensé le premier
- Et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles ?
- Ca me sert à être riche.
- Et à quoi cela te sert-il d'être riche ?
- A acheter d'autres étoiles, si quelqu'un en trouve.
Celui-là, se dit en lui-même le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne.
Cependant il posa encore des questions :
- Comment peut-on posséder les étoiles ?
- A qui sont-elles ? riposta, grincheux, le businessman.
- Je ne sais pas. A personne.
- Alors elles sont à moi, car j'y ai pensé le premier.
- Ca suffit ?
- Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n'est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n'est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter : elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n'a songé à les posséder.
Extrait du Chapitre 13 du Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry, publié en 1943.
Extrait du blog blogochat.
Moi je crois que si le sort de l'humanite est en danger faut demander conseil a Fab...
Moi c'est plutot les moutons qui m'interessent....
Si ça continue, moi, je vais interdire l'accès des commentaires aux chinois !
Sapristi!!! Il m'a demasque
Eh oui, je suis effectivement en Chine ou je poursuis mes aventures au Lotus blue boy. Et je ne suis pas le seul...Yann C. est lui aussi dans ce charmant pays. Ceux qui voient de qui je veux parler (et les autres ) auront le plaisir de lire ses aventures sur son blog : http://jeanmariepenecleretour.over-blog.com/
Allez y faire un tour, ca lui fera plaisir.
Je vous recommande particulierement l'article du 9 mars, quel talent...
Autant donner le lien direct : c'est ici ! Pas mal en effet !
ca serait moche tres cher ami de barrer les emails des chinois ! deja qu on est barre chez nous ! si on nous spolie aussi de france ou est la liberte !
A propos de michel rocard , je n ai pas compris, mais c est un homme bon et bien :! !Ne le criquitaient pas monsieur !
Toutes mes sinceres salutations de cheval yann
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