Mercredi 6 juillet 2005, j’ai eu honte d’être français. Déjà, l’attente de la décision du comité olympique à Singapour commençait très mal : télévisions survoltées, chauvinisme galopant, crétinisme mis sur piédestal. Déjà, voir ces cohortes brandissant des oriflammes tricolores devant l’hôtel de Ville de Paris me faisait froid dans le dos. C’est quand même fou le nombre de personnes qui visiblement ont un drapeau français chez eux. Ca ne me viendrait pas à l’idée d’en acheter un, mais je dois être mauvais citoyen. Déjà que je n’aime pas la Marseillaise… Moi, je regardais toute cette histoire avec distance : que la France ait ou non les jeux, ça m’en touchait une grosse quoi ! Je n’étais pas de ceux qui disent toujours « non » à tout, parce-que je pense qu’il y a des combats plus importants à mener en ce moment… Je n’étais pas non plus du côté des supporters hystériques de Paris 2012 qui semblait nous faire croire que l’esprit olympique existait toujours (si il a un jour existé…) et que tout ceci, juré-craché, n’avait rien à voir avec une histoire de gros sous !... Non, tout au plus d’un esprit pragmatique, je me serais réjoui que l’on modernise ma ligne de RER et les quartiers nord de Paris, même si je trouve dommage qu’il faille attendre cette occasion pour ce faire !

Ce combat annoncé France-Angleterre sentait le gaz de toutes façons. Je n’ai toujours pas compris ce qu’on reprochait aux anglais ces derniers temps… de ne pas vouloir de l’euro ? Visiblement ils ont peut être eu raison ! De ne pas vouloir participer plus financièrement à l’Europe ? C’est oublier de dire qu’ils participent déjà plus que la France ! D’être trop libéral ? C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont communistes, j’avais oublié ! De faire du lobbying pour défendre leur candidature londonienne ? C’est vrai que les Champs Elysées bloqués une journée, toutes les rames de métro et RER aux couleurs de Paris 2012, David Douillet sur toutes les chaînes, un film de propagande de Luc Besson … tout ça ne coûte rien !

Et quand vient le résultat qui ne correspond pas à ce que l’on voulait, c’est l’explosion populiste, xénophobe. Le peuple parle, et comme bien souvent, le peuple dit des conneries. On trouve des raisons : C’est le non au référendum, c’est Le Pen au second tour, c’est les phrases de Chirac contre les anglais, c’est notre position sur la guerre en Irak … C’est surtout oublier de dire que le projet anglais, objectivement, était meilleur que le nôtre ! Mais le français n’aime pas perdre. Il préfère dire qu’il y a eu sans doutes des tricheries, que le vote était truqué… Le français parle beaucoup de fair-play, d’esprit olympique etc. Mais au moment de perdre, le français redevient ce qu’il est par nature : haineux, rancunier et chauvin.

Quand un jour plus tard, à la suite d’attentats, il est bien vu de dire « je suis aussi un londonien », je ris jaune. Ceux sur qui l’ont crachait depuis un jour, que dis-je, depuis des siècles, sont aujourd’hui l’objet de notre plus grande compassion. Le français est donc aussi faux-cul.

Je n’aime pas les drapeaux tricolores, je n’aime pas la marseillaise, je n’aime pas l’armée, je n’aime pas l’Eglise, je ne me reconnais plus dans aucun parti politique, je trouve que dès qu’on se rassemble à plus de trois, on est une bande de cons, j’ai voté non à la constitution européenne et je rêve d’une autre constitution française… Serais-je encore français ?