Nous sommes tous des londonniens ?
Par Droop le vendredi 8 juillet 2005, 18:37 - Billets d'humeur - Lien permanent
Mercredi 6 juillet 2005, j’ai eu honte d’être français. Déjà, l’attente de la décision du comité olympique à Singapour commençait très mal : télévisions survoltées, chauvinisme galopant, crétinisme mis sur piédestal. Déjà, voir ces cohortes brandissant des oriflammes tricolores devant l’hôtel de Ville de Paris me faisait froid dans le dos. C’est quand même fou le nombre de personnes qui visiblement ont un drapeau français chez eux. Ca ne me viendrait pas à l’idée d’en acheter un, mais je dois être mauvais citoyen. Déjà que je n’aime pas la Marseillaise… Moi, je regardais toute cette histoire avec distance : que la France ait ou non les jeux, ça m’en touchait une grosse quoi ! Je n’étais pas de ceux qui disent toujours « non » à tout, parce-que je pense qu’il y a des combats plus importants à mener en ce moment… Je n’étais pas non plus du côté des supporters hystériques de Paris 2012 qui semblait nous faire croire que l’esprit olympique existait toujours (si il a un jour existé…) et que tout ceci, juré-craché, n’avait rien à voir avec une histoire de gros sous !... Non, tout au plus d’un esprit pragmatique, je me serais réjoui que l’on modernise ma ligne de RER et les quartiers nord de Paris, même si je trouve dommage qu’il faille attendre cette occasion pour ce faire !
Ce combat annoncé France-Angleterre sentait le gaz de toutes façons. Je n’ai toujours pas compris ce qu’on reprochait aux anglais ces derniers temps… de ne pas vouloir de l’euro ? Visiblement ils ont peut être eu raison ! De ne pas vouloir participer plus financièrement à l’Europe ? C’est oublier de dire qu’ils participent déjà plus que la France ! D’être trop libéral ? C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont communistes, j’avais oublié ! De faire du lobbying pour défendre leur candidature londonienne ? C’est vrai que les Champs Elysées bloqués une journée, toutes les rames de métro et RER aux couleurs de Paris 2012, David Douillet sur toutes les chaînes, un film de propagande de Luc Besson … tout ça ne coûte rien !
Et quand vient le résultat qui ne correspond pas à ce que l’on voulait, c’est l’explosion populiste, xénophobe. Le peuple parle, et comme bien souvent, le peuple dit des conneries. On trouve des raisons : C’est le non au référendum, c’est Le Pen au second tour, c’est les phrases de Chirac contre les anglais, c’est notre position sur la guerre en Irak … C’est surtout oublier de dire que le projet anglais, objectivement, était meilleur que le nôtre ! Mais le français n’aime pas perdre. Il préfère dire qu’il y a eu sans doutes des tricheries, que le vote était truqué… Le français parle beaucoup de fair-play, d’esprit olympique etc. Mais au moment de perdre, le français redevient ce qu’il est par nature : haineux, rancunier et chauvin.
Quand un jour plus tard, à la suite d’attentats, il est bien vu de dire « je suis aussi un londonien », je ris jaune. Ceux sur qui l’ont crachait depuis un jour, que dis-je, depuis des siècles, sont aujourd’hui l’objet de notre plus grande compassion. Le français est donc aussi faux-cul.
Je n’aime pas les drapeaux tricolores, je n’aime pas la marseillaise, je n’aime pas l’armée, je n’aime pas l’Eglise, je ne me reconnais plus dans aucun parti politique, je trouve que dès qu’on se rassemble à plus de trois, on est une bande de cons, j’ai voté non à la constitution européenne et je rêve d’une autre constitution française… Serais-je encore français ?
Commentaires
"...je trouve que dès qu’on se rassemble à plus de trois, on est une bande de cons..."
Mon cher Droop,
Je reste, sur ce point plutot sceptique et t'invite a relire tes classiques.
Je m'en tiendrai, pour ma part, a la these de feu Desproges selon laquelle "quand on est plus de quatre, on est une bande de cons"*. Cette nuance permettra, au moins, de sauver la face lors des reunions du kolkhoze dont la population, dois-je le rappeler, est de 4 habitants.
Le problème est là Zeblé : si j'avais cité la citation (pléonasme, je sais) exactement, j'aurais été obligé de dire qu'elle était de Desproges. J'ai préféré faire ainsi, les inculturés ne voyant de toutes façons pas la différence en s'entousiasmant de cette trouvaille, les autres glorifiant mon explication en forme de pirouette. Cacahouette. Quant au fait que les kolkhoziens se réunissent à quatre, cela n'est pas arrivé, il me semble, depuis 1936, à la veille du Front Populaire, alors... Même si la visioconférence rend aujourd'hui possible l'établissement d'un G4 informel, le Kolkhoze s'est toujours refusé à cela, préférant imaginer sans le voir comment l'autre a grossi ou s'est dégarni. Choucroute.
Zut de bique, pile poil le billet que je voulais écrire
Euh ... Camarades,
, c'est pas Desproges, c'est Brassens (pour lequel Desproges avait une admiration sans limite, il est vrai.)(par ailleurs, et tu peux effacer ce morceau de commentaire une fois que tu en auras fait usage, la façon dont tu orthographies "piédestal" me fait physiquement souffrir, ne laissons pas les détails gâcher le plaisir.)
Bah moi j'ai rien d'autre à ajouter.
Ah si ! Un attentat à la bombe qui fait 50 morts dans une capitale.
Si c'est la capitale de l'Irak,c'est même pas sur qu'on en parle alors que ca arrive tous les jours.
Si c'est la capitale de l'UK,alors là...
D'ailleurs, la vrai citation de Desproges c'est plutôt : "- A fortiori, moins de deux, c'est l'idéal !"
"Nous avons de la tyrannie Repoussé les derniers efforts ; De nos climats, elle est bannie ; Chez les Français les rois sont morts. (Bis) Vive à jamais la République ! Anathème à la royauté ! Que ce refrain, partout porté, Brave des rois la politique."
Perso j'aime bien la marseillaise, avec tous ses couplets. On fait la fête, on boit on crie, et on chante ça à 5h du mat', on se sent révolutionnaire, chauvin et on fait chier les voisins. Le bonheur d'être français
"Nous avons de la tyrannie Repoussé les derniers efforts ; De nos climats, elle est bannie ; Chez les Français les rois sont morts. (Bis) Vive à jamais la République ! Anathème à la royauté ! Que ce refrain, partout porté, Brave des rois la politique."
Bon évidemment, il faut savoir que le nationalisme de la chanson est resté celui de la gauche jusqu'au début du siècle dernier - après ils se sont rendus compte que c'est très dangeureux d'être populiste.
Sinon, nami Droop, une question que je trouve intéressante : d'où te vient ce sentiment de francité de lequel tu as honte ?
PS : Suis bizarrement pas étonné de la position de toi sur l'Europe. Non, aucun rapport.
Allez allez cherche un peu, n'y a-t'il plus de nationalisme révolutionnaire dans les bons français que nous sommes ? N'y a t'il plus ce sentiment que nous partageons avec nos frères les amerloques d'avoir toujours raison ?
Si vous voulez avoir plus de détails sur les motifs inconscients qui rendent bêtes les gens en groupe je vous recommande le texte de Freud : Psychologie des foules et analyse du moi (texte qu'on retrouve dans Essais de psychanalyse chez Payot). Ton article date de juilllet, je ne sais pas s'il sera lu mais en ce samedi je voulais faire le tour de ton blog. Je suis très sensible à cette idée de groupe/foule qui rend bête. Y'a des expériences de psychologie sociale qui prouve l'effet pervers du groupe et encore pire quand y'a une autorité. Ca me rappelle aussi une phrase dans Men in Black 1 sur le fait qu'un individu seul peut être intelligent mais en groupe on est con, on panique. C'est probablement pour ça que depuis que je suis toute petite j'ai toujours eu du mal à m'intégrer dans les groupes.
Bonne journée
Je ne peux m'empécher de vous faire partager cette connerie d'un très bon goüt reçue au boulot :
Après l'opération "en ville sans ma voiture", "ma banlieue sans voiture" est un formidable succès, surtout auprès des jeunes. L'aménagement du territoire est en plein boum avec depuis peu 400 places de parking supplémentaires et libérées en seulement une journée ! Paris est aujourd'hui un exemple dans le monde. Le Comité International Olympique commence à regretter d'avoir choisi Londres plutôt que Paris pour les JO, quand il voit tous ces jeunes en survêtement, passionnés, et qui, jours et nuits, s'entraînent à l'athlétisme et au lancer de projectiles. Londres a même contacté la ville de Paris pour l'organisation du spectacle pyrotechnique d'ouverture des jeux olympiques! Et la flamme olympique, à la demande officielle de Londres, partira de Clichy, plus exactement d'une Renault Kangoo du boulevard Jean Jaurès.
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