Commençons par le moins drôle : la justice ! Le projet de loi Perben va en effet donner plus de pouvoirs à la Police et au parquet aux détriments de ceux des juges ! L'accusation sera nettement avantagée par rapport à la défense ! La balance est tarée, dans tous les sens du terme ! Et qui pour s'en inquiéter, si ce n'est quelques rares médias écrits (voir l'excellent édito de Télarama) ou le Conseil Supèrieur de la Magistrature ? Certainement pas la télé, qui doit juger le sujet pas assez sexy, ni l'opinion publique, qui, en France, est plutôt du coté du CRS que de celui de l'étudiant, du côté du juge que de celui du délinquant, du côté de la gestapo plus que de celui du juif... Oups ! Je m'emporte ! N'empèche, tous des veaux quand même ! Alors, qu'est-ce-qui nous attend ? Doublement de la garde à vue, retardant l'arrivée des avocats ! Perquisitions de nuit autorisées ! Interception du courrier, électronique compris ! Pose de micros et caméras dans les lieux privés autorisée ! Fouille des coffres de voitures par de simples policiers ! Sans compter le plus beau : le plaider coupable, à l'américaine ! Plus de juges ni d'avocats ! Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, modèle de démocratie, ce type d'affaires est jugée en une minute chrono ! Certes, ça fera des économies : dans sa logique d'économie le gouvernement va-t-il rétablir la peine de mort ? Certes ça réduit le temps souvent trop long des instructions : ne serait-il pas plus fondé d'augmenter le nombre de juges, avocats, procureurs, acesseurs... et de leurs fournir les moyens matériels adéquats pour une justice plus juste et plus rapide ? Tout pour la Police, les miettes pour la Justice !

Alors quand une grande partie du C.S.M. menace de démissionner (je pense que ça ne s'est jamais vu dans l'histoire de notre république) pour protester contre l'enquête administrative lancée par Chirac et visant à démontrer que les magistrats en charge du procès Juppé n'ont pas subis de pressions politiques externes, contrairement à ce qu'ils disent, et ben, moi, je ris, je ris jaune, mais je ris quand même ... Car si enquête il doit y avoir, elle ne peut être que judiciaire, et certainement pas parlementaire ou administrative ! On doit pouvoir prouver, dans la sérénité, si il y a bien eu, oui ou non, des écoutes, des perquisitions illégales, des intrusions informatiques chez ces magistrats. Et seuls d'autres magistrats indépendant et la Police peuvent mener l'enquête. Plainte a d'ailleurs déjà été déposée par ces magistrats, alors n'en rajoutons pas, imaginez un peu si les différentes enquêtes en cours parvenaient à des résultats discordant ? Je le vois venir ! L'enquête administrative blanchissant les politiques, l'enquête judiciaire démontrant les pressions inacceptables, et l'enquête parlementaire ne concluant à rien, comme d'habitude ! Belle image de la séparation des pouvoirs ! Belle image de la politique et de la justice pour les Français. Et le Pen qui attend, patiemment...

Sans transitions, comme dirait Pujadas, passons au médias, sujet plus "sexy" cette fois ! La Censure Supérieure de l'Audivisuelle y a encore frappé récemment, dans le domaine de la publicité ! En commençant par la formidable pub de l'opticien Visual se moquant de l'administration Bush, qui risque bien de se voir interdite d'antenne ! C'est déjà le cas sur France Télévisions en tout cas. Bon, là je vais pas me faire chier, je vais laisser la parole à Laurence Girard, journaliste au Monde, qui vous l'expliquera sans doutes mieux que moi, avec moins d'humour et de cynisme, peut-être, mais avec des références plus nombreuses, j'ai pas que ça a faire, merde !

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.02.04 :

L'agence publicitaire Enjoy Scher Lafarge est coutumière des campagnes provocatrices pour ce client, avec lequel elle travaille depuis plus de dix ans. Cette fois, elle a choisi de jouer la carte de l'actualité et de surfer sur la vague anti-Bush en évoquant la guerre en Irak. Le spot met en scène une parodie de conférence de presse où un officiel américain - à lunettes -, entouré de militaires, déclare solennellement que la poudre que l'on croyait être de l'anthrax est en fait du sucre, et que, concernant les armes nucléaires, il s'agissait en fait de silos à grains. Un sucrier et une photo font office de preuves. Les commentaires, en américain, bénéficient, bien sûr, d'une traduction simultanée. Le spot se termine par la question : "Etes-vous prêt à assumer une meilleure vue ?"

Consciente d'avancer en terrain miné, le risque d'infraction à la loi sur la publicité politique, d'atteinte à l'image ou de diffamation n'étant pas à négliger, l'agence avait soumis son story-board, avant le tournage, à France Télévisions et au Bureau de vérification de la publicité (BVP). Tous deux avaient émis un avis défavorable. "Le BVP nous a alerté en disant qu'il y avait trop de référents directs à la réalité", souligne Christophe Lafarge, directeur de l'agence.

Tout signe propre à évoquer le pays, et plus encore le Pentagone, a donc été escamoté, les drapeaux et insignes ont été gommés, et les uniformes militaires empruntés à l'armée bulgare. Le personnage n'est plus incarné par un sosie de Colin Powell, comme c'était prévu. Moyennant ces ajustements, le spot a reçu le visa du BVP. Mais France Télévisions l'a refusé.

Visual s'est alors tourné vers la concurrence et TF1 n'a pas hésité longtemps avant d'accueillir ce nouveau client, dont le spot est diffusé depuis le 29 janvier.

Le journal La Croix avait déjà choisi, en novembre, d'illustrer la campagne de lancement de sa nouvelle formule avec George W. Bush. L'affiche montrait le président américain plongé dans la lecture du quotidien, dont la manchette titrait : "L'Amérique va-t-elle trop loin ?" Lénine et José Bové avaient aussi été utilisés pour illustrer cette incitation faite aux lecteurs de bousculer leurs certitudes. Cette campagne n'a pas causé de souci particulier à ses concepteurs, l'agence Milou et Dufay. Si José Bové a été contacté et a donné son accord, l'image du président américain a été détournée sans demande préalable. "Il y a une pratique anglo-saxonne de l'exploitation des hommes politiques dans la publicité", souligne-t-on à La Croix. De plus, la campagne ne porte pas atteinte à l'image de George Bush.

Sur les conseils de TF1, l'agence Leg a, quant à elle, renoncé à tourner en dérision le président américain dans un spot pour la Fête de L'Humanité. Et pour les spots radio d'Eurostar, Leg a cherché l'inspiration du côté des politiques britanniques, avec une idée qui repose sur la traduction simultanée et les méthodes d'apprentissage de la langue de Shakespeare. "L'an dernier, nous pensions utiliser un discours de Tony Blair, mais la situation était tendue entre la France et la Grande-Bretagne. Nous avons finalement opté pour une parodie d'un discours de Churchill", raconte Gabriel Gaultier, cofondateur de Leg.

"UNE DOSE DE CULOT"

La saga, très réussie, se poursuit aujourd'hui sur les ondes avec un vrai discours de Tony Blair, mais accompagné d'une traduction simultanée totalement fantaisiste où sont évoqués les déboires d'hommes d'affaires en retard à leurs rendez-vous et les atouts du TGV. "Nous n'avons pas demandé d'autorisation pour reprendre ce discours, Tony Blair est un personnage public. De plus, nous faisons l'apologie de Londres et de la Grande-Bretagne", plaide M. Gaultier, qui concède toutefois qu'"utiliser un homme politique reste un exercice rare. Il faut une dose de culot de la part de l'annonceur".

Dernièrement, pour la nouvelle campagne de L'Humanité, l'agence Leg a choisi de détourner une image de Jean-Marie Le Pen, présenté dans une camisole de force. "Mais il s'agit là d'une véritable affiche politique", souligne M. Gaultier. Elle a également conçu la campagne d'affichage de la nouvelle formule de Nova Magazine, dont le slogan est : "Le cauchemar de Sarkozy existe, il coûte 3 euros."

Il est vrai qu'en presse et en affichage, la marge de manœuvre des créatifs est plus large que pour les spots télévisés.