Si il y a au moins un mérite à donner à TF1, c'est son indépendance du pouvoir ! Quelle que soit la majorité en place, cette chaîne est en effet toujours restée fidèle à son crédo populiste de droite, tendance balla-sarko. Là où le problème commence, c'est quand la droite est au pouvoir, et que France 2 et France 3, en plus de TF1, deviennent médias officiels du pouvoir en place. En ces temps de campagne électorale et à l'approche du référendum sur le TCE, la polémique enfle. En effet, que l'on soit pour ou contre ce projet de traité constitutionnel, force est de constater que l'argumentaire et les représentations du "non" à la télévision semblent plus que sous-représentés à la télévision. Et pas seulement à la télévision, puisque la radio (France Inter, France Info, par exemple) et les journaux (Nouvel Observateur, le Monde, le Figaro...) semblent souvent oublier l'opinion d'une moitié des français. Les exemples sont multiples.

Tout commence, par exemple, par la censure de l'émission 100 minutes pour convaincre sur France 2, qui devait être consacrée au président actuel de la commission européenne, José Manuel Durao Barroso, qui devait, entre autres, défendre le fameux projet Bokelstein controversé. C'est Rafarin lui-même, à la demande de Chirac, qui aurait fait pression sur France 2 pour annuler l'émission. Notre président avait en effet peur que cette émission fasse remonter le "non" dans les sondages... La Société des Journalistes et la CFDT Radio-Télé ont eu beau protester, en soulignant en plus que Nicolas Sarkozy, lui, avait été invité trois fois à cette émission, le pouvoir a quand même eu le dernier mot.

Mais ce n'est pas tout, Matignon et son valet le CSA ont éléboré un système de comptage du temps de parole des hommes politiques durant cette campagne plus que contestable. Tout d'abord, on peut toujours regretter que le temps de parole du président de la république ne soit toujours pas pris en compte pour le "oui", alors que celui-ci a bénéficié jusqu'ici de deux émissions complètes sur les deux plus grandes chaînes nationales... Enfin, on a choisi de répartir les temps entre le "oui" et le "non" par parti politique. Ainsi, quatre partis auront le droit de parole pour le oui : UMP, UDF, PS et Verts... et quatre pour le "non" : FN, Mouvement pour la France de Philippe de Villiers, Rassemblement pour la France de Charles Pasqua et le PC. Outre le fait que les quatre petits partis du "non" n'ont évidemment pas les même budgets de communication que les quatre grands du "oui", on peut s'étonner que seuls les souverainistes et les communistes aient été choisis pour représenter le "non". Des personnes comme Fabius, Emmanuelli, Mélanchon (PS) ou Dupont-Aignan (UMP) n'auront pas la parole. Des tendance comme celles de l'UDF anti Turquie, de l'UMP souverainiste, des libéraux pour le "non" (si, ça existe !) des verts pro-européens anti TCE ou de la gauche du PS n'auront pas le droit de citer. Les syndicats et les associations citoyennes n'auront pas non plus la parole, alors qu'il ne serait pas idiot qu'elles l'aient pour un référendum. (Ca aurait quand même de la gueule un débat CGT-Medef ou ATTAC-Familles de France !) Peut-être est-ce que le gouvernement en place a intéret à ce que l'on croit que l'on ne peut pas être européen et contre le TCE, comme le déclarait Chirac ?

Enfin, récemment, certains se sont étonnés que Simone Veil se mette en congé du Conseil Constitutionnel (devoir de réserve oblige) afin de participer activement à la campagne pour le "oui". Remarque, elle est plus honnête que Giscard, qui fait toujours bien parti de ce conseil et devrait donc être normalement soumis aux mêmes règles !

Enfin, il semble bien évident que de nombreux médias servent la cause du "oui", et les journalistes rentrent de plus en plus en conflit avec cette vision partiale des éditorialistes et des chroniqueurs. L'observatoire Français des medias note que 73% du temps de parole est accaparé par les tenants du "oui", 71% d'après l'exellente émission "Arrêt sur Images" de France 5, mais "seulement" 59% d'après le CSA ! Certaines rédactions de gauche ouvrent pourtant le débat : c'est le cas de Marianne, qui, bien que son président, Jean-François Kahn, soit pour le "oui", a opté pour une présentation d'arguments des deux camps, puisque qu'une majorité de ses journalistes sont pour le "non". Dans d'autres rédactions, comme à France 2, le débat est plus houleux et les pétitions de journalistes circulent. Même à droite, à l'UMP, on se rebèle et des plaintes sont posées au CSA. A gauche, c'est Henri Emanuelli qui se plaint d'avoir été traité non équitablement par rapport aux autres intervenants dans l'émission France Europe Express de France 3. Du côté de l'Etat, la censure continue de plus belle, puisque l'Education nationale a censuré la participation d'un partisan du non dans une publication pédagogique destinée aux enseignants. Tout ceci a poussé plus de 70 associations, syndicats et partis politiques a signer un appel "dénonçant l'engagement massif des principaux médias en faveur du oui".

Cependant, il ne faudrait pas que le camp du "non" se serve de cet argumentaire de la censure et de la diabolisation du "non" pour faire campagne. Les arguments convaincants en faveur du "non" sont suffisament nombreux, il me semble, pour éviter de faire cette erreur ! Les médias ont toujours été du côté du pouvoir, ce n'est pas un phénomène nouveau. Quand c'était pour faire battre le Pen au second tour, ou pour fustiger l'engagement américain en Irak, personne ne trouvait rien à dire, parce-que les médias ne faisaient que suivre l'avis de Chirac, qui, pour une fois, était celui de la grande majorité des français. Se battre pour la pluralité des opinions dans les médias doit être un combat continu. Ca ne doit pas s'arrêter à la question du référendum européen.