C'est quand même étrange la vision économique de la droite... D'un côté on applique l'ultra-libéralisme et on est tout content que GDF fusionne... L'Etat perd ainsi la majorité des parts de l'entreprise, contrairement à ce qui avait été dit en août 2004 : souvenez-vous de ceux qui juraient solennellement, lors du changement de statut d’EDF et GDF, que la participation de l’État n’avait pas vocation à descendre en dessous de 70 % du capital des deux entreprises publiques... et GDF est privatisé de fait.

De l'autre côté, on protège GDF, au nom d'un je ne sais quel patriotisme économique (totalement différent d'un protectionisme nous précise le gouvernement, bien sûr !) en organisant cette fusion avec Suez (groupe franco-belge) plutôt qu'avec l'italien Enel... Deux poids, deux mesures ! Bien sûr, pour se défendre de tout protectionisme à l'américaine (comme champions du double langage, ils sont pas mals ceux-là aussi) on prétend que ce secteur est stratégique pour la France et justifie donc ces mesures particulières. Il faut croire aussi que Arcelor est jugé aussi stratégique quand le gouvernement use de ce même protectionisme pour contrer l'indien Mittal ? Danone aussi doit être jugé tellement stratégique pour qu'on le couve ? De qui se moque-t-on ? Si GDF était considéré comme réellement stratégique, pourquoi dans ce cas-là l'avoir privatisé ? Nous prendrait-on pour des cons ?

Alors après tout ça, ce grand imbécile de Barroso (actuel président de la Commission européenne) a beau jeu de mettre en garde les gouvernements européens contre une rhétorique nationaliste et la protection de leurs marchés... Car peut-on me dire ce qu'a fait l'Europe en faveur d'une politique énergétique européenne ? Ce domaine, que certains à droite jugent stratégique (comme si on devait encore être en guerre...) et que certains à gauche jugent essentiel du point de vue de la maitrise des énergies, est totalement délaissé par notre Europe.

De toutes façons, quand ceux de l'UMP précisent que GDF est stratégique, il pensent cela pour la France, et n'ont aucune vision européenne de la chose... Je ne veux pas passer pour un passéiste trostkyste, mais il me semble bien, moi, qu'une entreprise totalement nationalisée monopolistique est le meilleur garant d'une indépendance stratégique et même, oui, j'ose, d'une qualité de service et d'une sécurité accrue ! (N'en déplaise à ceux qui critiquent toujours la SNCF, nous avons un des meilleurs et des plus sûrs réseaux ferrés d'Europe, idem pour notre réseau routier secondaire, le meilleur d'Europe, alors que notre DDE est si décriée !) Alors bien sûr, la France a changé, et il est idiot d'envisager renationaliser GDF. Mais pourquoi alors ne pas réenvisager la chose au niveau européen ? Pourquoi ne pas européaniser le secteur de l'énergie, des transports, des télécoms... ? Imaginez une entreprise de gaz et d'électricité européenne, gérée par l'Europe, constituée de fonctionnaires européeens, ne serait-ce pas là le meilleur moyen de garder notre indépendance stratégique, d'avoir une réelle politique européenne de l'énergie, de garantir des prix stables, une sécurité accrue, et de maintenir l'emploi dans toute l'Europe ?... Tout cela reste du domaine de l'utopie tant l'idée même d'une Europe sociale fait peur à la droite...

Dans toute cette histoire, si ce n'était que notre politique européenne commune qui en patissait, ce serait un moindre mal... Mais, malheureusement, ce sont les salariés qui vont trinquer, avec au mieux des salaires et des embauches gelés, et au pire des plans de licenciements. Car le gouvernement a beau jurer la même chose à chaque fois, rien n'y fait, nous avons de la mémoire et nous savons qu'après chaque privatisation partielle déguisée arrive une vraie privatisation. Et qu'après chaque vraie privatisation arrive un plan social. Et 2007 n'est même plus un espoir pour tous ces salariés, tellement la gauche n'arrive pas à esquisser l'ombre d'un projet. Prolétaires de tous les pays : bourrez-vous la gueule pour oublier.