Le plus beau métier du monde n’en est pas un. Dans le sens où il n’est pas unique. Le plus beau métier du monde est multiple. Certains vont peut être penser en lisant la suite de ce billet que celui-ci est ironique ou moqueur. Mais pas du tout : je suis sérieux. Et c’est bien au contraire parce que nombreuses sont les personnes qui dénigrent cette merveilleuse profession que je vous soumets aujourd’hui cet éloge du plus beau métier du monde.




Car il faut bien l’avouer : jamais métier n’a été autant décrié que ces derniers temps. Ceux qui l’exercent se voient très vite accusés de tous les maux : ils appauvrissent la France, ils ont trop de privilèges, trop de vacances, ils sont tout le temps en grève pour rien, ils ne sont pas aimables, et surtout, comble de l’horreur, ils n’en branlent pas une !




Ils appauvrissent la France ? Réfléchissez un moment : qui vous a appris à lire ? Qui vous a appris à compter ? Qui trace et construit les routes qui vous mènent au travail ou en vacances ? Qui est là pour vous protéger, pour vous défendre, pour vous aider à obtenir réparation d’un préjudice ? Qui est là pour vous soigner, parfois même pour sauver votre vie ? Qui est là pour protéger votre environnement ?




Ils ont trop de privilèges, trop de vacances, trop souvent en grève, ils n’en branlent pas une ? Réfléchissez encore, amis qui, comme moi-même, travaillez dans le privé : n’avez-vous pas, pour certains d’entre vous, des privilèges ? Qui oserait de la même manière remettre en question le 13ème mois des banquiers, les pourboires des serveurs, les vacances offertes des agents de voyages, etc. Qui a obtenu, par des luttes syndicales justes, des droits auxquels beaucoup d’entre vous profitez aujourd’hui : 35 heures, congés payés, salaire minimum… ? Et regardez un peu autour de vous, avant de regarder sur le palier du voisin, amis du privé : vos chefs sont-ils exemplaires ? Tous vos collègues se dévouent-ils autant qu’ils le devraient à leur travail ? Votre entreprise est-elle réellement aussi efficace qu’elle le pourrait ?




Alors, amis du privé, si parfois, au détour d’une file d’attente, ils vous paraissent « peu aimables », pensez que c’est sûrement parce qu’ils se coltinent toute la journée des usagers comme vous !




Le plus beau métier du monde est multiple, mais c’est avant tout sûrement un des derniers véritables « métiers » au sens propre. Je dirais presque au sens « artisanal » du terme. Un métier utile pour la société. Pourriez-vous en dire autant de tout ceux du secteur privé ? Et même du vôtre, ami du privé ? Etes-vous réellement utile et nécessaire, dans votre profession, au bien-être de l’humanité ? Ne réfléchis pas trop à une réponse, ami, sinon la dépression te guetterait, et, comme tu le sais si bien, ce genre de maladie est réservée à ceux qui exercent le plus beau métier du monde…




Le plus beau métier du monde est multiple et nécessaire. Du proviseur (blogueur) à la correctrice au journal officiel. De l’instituteur à l’assistante sociale. De l’agent de l’ANPE au marin pompier de Marseille. De l’agent de la DDE à l’agent de l’ONF. Du technicien aux espaces verts de Garges-les-gonesses au haut fonctionnaire du ministère. Du magistrat humaniste à l’inspecteur du travail. Et allons même plus loin : du policier qui fait traverser vos enfants à la sortie de l’école jusqu’à l’agent des impôts qui prend aux riches pour donner aux pauvres.[1]




Alors, ami du privé, si par hasard tu as un enfant, et que celui-ci, comme la plupart des enfants rêveurs, te dis qu’il souhaite, au choix, être institutrice, pompier ou infirmière… Réponds-lui fièrement :




« Tu seras fonctionnaire mon enfant ».




Le plus beau métier du monde.

Notes

[1] Ami des impôts, si un jour tu passes à la télévision, tu me remercieras d’emprunter cette formule pour répondre à la question « profession ? » de l’animateur !