Honte à lui (4/4) : Ceux qui résisteront au cynisme.
Par Droop le lundi 15 mai 2006, 16:36 - Présidentielles 2007 - Lien permanent
- Honte à lui (1/4) : Celui qui sera aimé des électeurs de l’extrême droite.
- Honte à lui (2/4) : Celui qui se croyait fin stratège.
- Honte à lui (3/4) : Celui qui fait de la répression un credo, sans se soucier des conséquences.
- Honte à lui (4/4) : Ceux qui résisteront au cynisme.
Une loi cynique
Comme toujours pour la droite, le problème de l’immigration clandestine est toujours vu uniquement du point de vue économique. Mais ici, avec ce concept d’immigration choisie, on était rarement allé aussi loin dans le cynisme. Le Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable, qui fédère pas moins de 460 associations, dénonce la "philosophie utilitariste" de ce projet de loi. Pour ces associations, ne seront, avec ce projet, acceptables en France que les étrangers perçus comme nécessaires pour l'économie, "la personne humaine et sa situation personnelle devenant secondaires et ses droits restreints".
Car là est l’effet le plus pervers de cette loi, comme le soulignait fort justement le journal Libération : du côté des pays du Sud, on va assister à un encore plus grand exode des éléments les mieux formés. Les étudiants effectuant leurs études à l'étranger ne reviennent que trop rarement dans leur pays. Même chose pour les travailleurs qualifiés. Le fait qu'un Indien décroche un diplôme d'informaticien qu'il exploitera aux Etats-Unis, pour ensuite valoriser cette expérience chez lui, est bon pour l'Inde. Mais il en va autrement de la plupart des pays en développement. Un exemple ? Le départ pour l'Europe d'infirmières du Surinam, formées au compte-gouttes, est catastrophique, tant sur le plan humain que sur le plan budgétaire.
Sans correctif réfléchi, cette immigration «au mérite» équivaudra à une nouvelle forme de pillage des pays d'origine de cette main-d'oeuvre qualifiée dont la formation ne coûte rien. Le problème n'est pas que la France accueille des médecins maliens, si elle en a besoin, c'est qu'elle ne le fasse pas aux dépens du Mali. Or, sans mécanismes compensateurs, la loi aggravera les déséquilibres déjà existants. Elle redoublera l'injustice par le cynisme !
Résistances
Au milieu de la décomposition gouvernementale, entre crise du CPE et crise de Clearstream, la loi aurait pu passer inaperçue, surtout avec cette détestable habitude anti-démocratique qu’ont les chiraquiens de faire passer leurs lois en urgence et sans véritables débats publics. La plus inattendue des résistances à ce projet de loi est d’abord venue du monde religieux. Les présidents du Secours catholique, du Comité catholique contre la faim et le développement, ou encore de la Cimade, étaient présents à une conférence de presse. Encore plus fou, les trois présidents du Conseil des Eglises chrétiennes de France, Mgr Jean-Pierre Ricard pour les catholiques (ca ne s’invente pas), Jean-Arnold de Clermont pour les protestants et Mgr Emmanuel pour les orthodoxes, vont écrire à Villepin pour s'opposer à ce projet. Ce courrier sera rendu public en début de semaine. Il n’est pas dans les habitudes des religions de mener des combats gauchistes, preuve que ce projet est plus qu’inquiétant. Bien sûr, les responsables religieux ne sont pas allés jusqu’à prôner la désobéissance civique (tout le monde n’est pas Jésus Christ !) ni à appeler à manifester. Bien sûr, les curés voient d’un assez mauvais œil les occupations d’églises parisiennes en cours par les sans papiers. Mais une telle mobilisation œcuménique est tellement rare que la situation semble inquiéter de nombreux milieux !
« En précarisant un peu plus des dizaines de milliers de personnes et de familles, la législation annoncée apparaît déjà comme la plus restrictive depuis la seconde guerre mondiale (…). Nous affirmons aujourd’hui que c’est le gouvernement, qui, en sacrifiant l’avenir du vivre-ensemble et en donnant de mauvaises solutions à de faux problèmes pour de mauvaises raisons, fait preuve d’irresponsabilité. » (Tribune publiée jeudi dernier dans Libération et signée par Didier Fassin, président du Comité Médical pour les Exilés, Nathalie Ferré, présidente du GISTI, Françoise Jeanson, présidente de Médecins du Monde, et Patrick Peugeot, président de la CIMADE.)
La résistance active, est elle aussi en marche. Réseau éducation sans frontières propose d'héberger des jeunes menacés d'expulsion et a recueilli déjà plus de 10.000 signatures dont celles de 163 personnalités. RESF appelle à "parrainer, protéger et même héberger", quitte à enfreindre la loi, les jeunes et leurs familles sans papiers menacés d'expulsion et à combattre "la chasse à l'enfant".
C’est ainsi qu’on apprend dans l’Humanité de vendredi, qu’une mère de famille et ses deux enfants ont disparu dernièrement mystérieusement à Lyon. Menacés d’expulsion en pleine année scolaire, alors qu’ils étaient victimes de violences ethniques en Arménie, ces réfugiés ont bien sûr été cachés séparément par des volontaires qui enfreignent délibérément la loi. Ils portent atteinte à cette loi nationale injuste. Mais dans le même temps ils honorent un des piliers de la déclaration universelle des droits de l’Homme : la liberté de circulation.
Ce genre d’actions risquent de se reproduire prochainement. Nous risquons aussi de voir par exemple de plus en plus de passagers se lever et demander aux commandants de bords des charters de reconduite aux frontières de refuser de décoller pour des raisons de sécurité. Se lever et refuser de s’asseoir, empêchant le décollage, par solidarité. Ce ne serait pas un délit. Ce ne serait pas un droit.
Ce serait un devoir !
Commentaires
Et ça ne s'arrange pas ...
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