L’Opinion publique contre le mariage homosexuel

Deux sondages récents s’intéressent à la question du mariage homosexuel. Selon le premier sondage Ipsos [1] qui est paru mercredi 21 juin dans le magazine Têtu, les Français approuvent le mariage homosexuel à 61%, mais sont contre l'adoption par des couples gays à 55%. Le deuxième, quant à lui, sans doutes plus réaliste, réalisé par TNS Sofres pour Le Nouvel Observateur,[2] montre que 51% des personnes interrogées se déclarent opposées au mariage homosexuel, et 60 % contre l’adoption.

Ces deux sondages légèrement contradictoires, à l’approche de la gay pride, viennent confirmer deux choses :

1 - l’opinion publique n’est pas encore totalement prête à accepter le mariage homosexuel.

2- Cependant les mentalités n’ont jamais autant évolué et la gauche semble prête aujourd’hui à accorder ce droit.

La lente évolution de l’opinion des politiques

Bien sûr, à droite, si l’on excepte certaines prises de positions atypiques (comme celles de Jean-Luc Romero ou de Jean-François Lamour), on est franchement contre, que ce soit à l’UMP ou à l’UDF. Mais il semble aujourd’hui que le P.S. soit même prêt à accorder le droit à l’adoption aux couples de même sexe, alors que l’opinion publique est encore plus réticente.[3] Chez les communistes, le sujet semble plus délicat, le parti ne s’étant jamais montré très ouvert sur les questions d’évolution des mœurs. En revanche, dès la première heure, les Verts ont su porter les aspirations légitimes d’égalité des droits des couples homosexuels. On peut alors s’étonner dans ces conditions des détails du deuxième sondage. Celui-ci indique en effet que seulement 49% des sympathisants Verts y semblent favorables, contre une moyenne de 57 % de l’électorat de gauche.

L’électorat vert n’est pas homophobe

Non, bien au contraire, il s’agit même sans aucun doute de l’électorat le plus gay-friendly de gauche ! Les résultats du sondage s’expliquent plutôt par une autre caractéristique majoritaire chez cet électorat : qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, le mariage n’a pas la côte chez ces électeurs ! D’ailleurs, moi qui suis favorable à une égalité des droits hétéros / homos, et qui verrais d’un bon oeil la légalisation du droit à l’adoption des couples homosexuels, j’aurais cependant répondu à la négative en ce qui concerne le droit au mariage ! (tout l’inverse de l’opinion générale, quoi !) J’ai l’habitude de dire, d’une manière un peu provocante, je le concède, que pour une véritable égalité des droits, le mieux serait d’abolir le mariage hétérosexuel.

Je ne vais pas revenir sur ce que je pense moralement du mariage : c’est une escroquerie. Moi qui aie tant vu de grandes célébrations de mariage finir quelques années plus tard en des divorces règlement de compte à OK Coral, je ne pourrais pas concevoir de me marier un jour. Mais le problème n’est pas là. Quand je dis que l’on devrait abolir le mariage tel qu’il existe, je suis plus sérieux que cela, car je peux le justifier politiquement !

L’Etat régalien ?

J’ai parfois du mal à comprendre la logique des gens de droite. D’un côté ils souhaitent l’établissement d’un Etat purement régalien[4], de l’autre, ils souhaitent une politique familiale forte.

Pour moi, les questions familiales sont de l’ordre du privé et du choix personnel, et elles ne devraient pas être prises en compte (hors cas particuliers) par la loi.

Ainsi, le mariage religieux ne me choque pas, chacun est libre de ses opinions après tout. Mais que l’Etat célèbre quelque chose qui relève de l’intime, du sexuel ou du religieux (suivant comment on perçoit le mariage) m’a toujours paru incongru. Pire, l’Etat accorde des privilèges aux couples mariés par rapport aux célibataires.[5] C’est purement incompréhensible !

Que l’Etat accorde des avantages aux parents,[6] ça peut encore se justifier. (quoi que ça puisse être aussi parfois contestable). Du strict point de vue de l’Etat, faire des enfants est en effet, au choix, une source de croissance économique future en cas de paix, ou une quasi inépuisable source de chair à canon en cas de guerre, à encourager. (comment, moi, cynique ?) En revanche, je ne vois aucun intérêt pour la France à encourager le mariage civil !

Les célibataires discriminés

Qu’on ne s’y trompe pas, avec cette histoire de mariage, ce ne sont pas seulement les homosexuels qui sont lésés, mais bel et bien tous les célibataires, qu’ils vivent en couple ou non ! L’abolition du mariage tel qu’il existe aurait pour moi l’avantage de supprimer certains privilèges fiscaux anormaux. Déjà que le célibataire seul est en situation défavorable par rapport au couple, quand il fait ses courses, par exemple, ou bien au sein de l’entreprise (la plupart des CE ayant des politiques pro-famille difficilement compréhensibles), si l’Etat s’y met pour aggraver les inégalités, où allons-nous ?

Bon, je vous l’accorde, je joue un peu sur un ton provoc’ en parlant de discrimination. Il n’empêche, l’abolition du mariage permettrait d’étendre certains droits à tous, par l’instauration d’un nouveau contrat qui ne prendrait en compte ni le sexe des individus, ni leur nombre, ni si ils couchent ensemble ou non. Une sorte de super PACS qui donnerait droit d’adoption, meilleures garanties pour obtenir un prêt ou un logement, ou garanties d’héritage en cas de décès d’un des signataires. D’ailleurs, le PACS était à l’origine prévu pour pouvoir être signé à plus de deux personnes, entre frères et sœurs, ou entre colocataires. Un tel contrat signifierait de fait la mort du mariage, et çà, la droite n’est pas prête à l’accepter !

Dernière minute

Patrick Bloche [7] vient de déposer, au nom du P.S. deux textes à l'Assemblée Nationale : un concernant le mariage, l'autre concernant l'adoption par les couples de même sexe.

Liens du Nouvel Obs

Le 1er sondage

Le second sondage

Les positions des politiques

Notes

[1] Réalisé il y a un mois auprès de 1 016 personnes

[2] Sondage réalisé les 7, 8 et 9 juin 2006 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes interrogées en face-à-face, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 et plus.

[3] Les principaux candidats à la candidature se rallient à cette position (Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et François Hollande, et même Ségolène Royal dont la position sur le sujet s’est assouplie dernièrement. Seul Jospin reste réticent au sein du parti.

[4] C'est-à-dire un Etat non interventionniste réduit à des fonctions d’Armée, de Police et de Justice

[5] Avantages fiscaux, droits d’héritages, d’adoption, etc.

[6] Allocations familiales, de rentrée, congés parentaux, etc.

[7] Le copain de Christian Paul, la fameuse bande de députés qui nous ferait presque aimer la politique !