La politique spectacle obéit à trois grands principes : réactivité, « peopolisation », propagande.

Ces trois grands principes font de la politique spectacle une aberration, un oxymoron de plus. Ils sont en totale opposition avec les buts recherchés de la politique classique. Ils s’opposent même à l’idée de démocratie, mais qu’importe, l’essentiel n’est-il pas de gagner ? A tout prix…

Réactivité. Tout doit se jouer dans l’instant. Chaque fait divers doit entraîner une réaction immédiate du gouvernement, une nouvelle législation. Quitte à surfer sur un populisme nauséabond. Là où la politique devrait prendre le temps de réfléchir, de voir à long terme, on est au contraire constamment dans le saupoudrage de mesures en réaction à des évènements malheureux qu’on aurait pu éviter en prenant le temps de légiférer au calme, avant. « L’affaire d’Outreau », ou les « révoltes » dans nos banlieues sont des exemples fameux de cette réactivité. Mais ce n’est pas le plus ridicule.

« Jacques, il faut faire quelque chose » aurait déclarée Marie-Antoinette à son mari Chirac à l’issue de la projection du film Indigènes en présence de l’acteur Jamel Debbouze. Réactivité : attribuons à tous les anciens combattants coloniaux la même pension que les Français. Mesure que l’on aurait du prendre depuis fort longtemps… et tant pis si l’on oublie au passage la rétroactivité des pensions…

Les ingrédients de la politique spectacle sont là : un film qui va cartonner, une star Jamel Debbouze, une réactivité immédiate.

Je n’ose imaginer ce qu’aurait donné la projection du film si il s’était intitulé Sans Papiers.

« Jacques, il faut régulariser » …

Mais Jamel ce n’est rien. Rien à côté de l’immense peopolisation de la droite.

Ainsi donc, cela ne choque plus personne de voir Arnaud Klarsfeld en médiateur partial pour les sans-papiers ou de voir Alain Prost, l’émigré suisse, en spécialiste des écocarburants… Personne ne s’interroge ni sur leur légitimité, ni sur les commissions qu’ils ont pu toucher pour cela. Qui osera critiquer de toutes façons l’avocat médiatique du procès Papon et le quadruple champion du monde de formule 1 ?

La politique spectacle de la droite prend toute son ampleur avec Johnny Hallyday, l’émigré belge, et Doc Gynéco, en guest star de Sarko. The Show must go on ! Mais, sans vouloir être méchant, le casting de la droite, de Klarsfeld à Johnny en passant par Prost, est jusqu’à présent nullissime, comme si elle cherchait à tout prix à recruter des abrutis pour que son électorat s’identifie plus aisément. Ah ben si, j’ai été méchant ! Tant pis !

Reste la propagande. Pour faire avaler tout ça à nos pauvres couillons, comme disait Béranger. Ca ne suffit pas que Drucker passe trois fois chez Sarko, non, la politique spectacle réclame de l’action ! Rien de plus simple : montons un fait divers en épingle, l’agression de deux flics par exemple, et envoyons les médias suivre une intervention policière aux Tarterets. Rock n’ roll ! Et mettons les moyens hollywoodiens au service de la Police spectacle : analysons l’ADN présent sur des restes de pizza. Le ridicule ne tue pas. Tant pis pour les preuves. Tant pis si l’on relâche des interpellés deux jours plus tard, faute de preuves, ce ne sont ni les premiers ni les derniers banlieusards en garde à vue pour rien.

Les Tarterets, photo de Joël Saget (AFP)

Sarko, après ce coup-là, personne ne lui arrivera à la cheville (enfin, si, vue sa petite taille) en matière de propagande.

Debré ne tient pas la comparaison et parait bien vieillot avec le côté image d’Epinal de ses tas d’amendements au projet de privatisation d’EDF mis en scène à l’Assemblée. (photo)

A gauche, quand on tente d’imiter la droite, c’est carrément l’amateurisme qui domine. DSK, par exemple, tombe dans le piège du micro resté ouvert de l’émission Dimanche + présentée par Laurence Ferrari (que je ne connaissais pas alors que tout le monde a l’air de la connaître !), sur canal +. On entend en off la voix de son directeur de com’:

« Tu achètes un CD de Coltrane, c’est du jazz. Et surtout tu demandes le disque “Zidane, y va marquer“, tu dis que c’est pour ton petit fils ». On voit DSK dans la séquence suivante à la FNAC exécutant à la lettre tout ce qu’on lui a dit auparavant. (vidéo de la scène ici)

Le Sarko show est donc bien le plus rodé. Et le plus dangereux.

Tout cela serait en effet bien risible si ce n’était pas pathétiquement efficace. Je m’interroge de plus en plus sérieusement sur les facultés intellectuelles de mes compatriotes français qui sont prêts à élire en nombre Sarkozy. Je ne vois qu’une zombification de masse pour expliquer cela. Ou alors ils seraient vraiment cons ?... Non !... Quand même !...

P.S : (c’est le cas de le dire !) plus que 94 jours pour vous inscrire sur les listes électorales si ce n’est pas déjà fait !