C'est un sondage qui le révèle : au-delà d'une simple contestation estudiantine, le front anti CPE révèle une profonde rupture générationnelle dans notre pays.

61,5% des sondés estiment que les étudiants "ont raison" de s'opposer au CPE, mais l'adhésion au mouvement anti-CPE est plus forte chez les moins de 25 ans (79 %) que chez les 50-64 ans (61%) ou les plus de 65 ans. (45%) [1]

Peut-être, outre le fait bien-sûr que les personnes agées et égoïstes se sentent moins concernées par cette loi, peut-être que celles-ci ne se rendent pas compte d'une réalité effroyable : pour la première fois en France en temps de paix, une génération a perdu du pouvoir d'achat par rapport à la précédente ! Louis Chauvel, sociologue, dans les Inrockuptibles de ce mois-ci, nous donne des chiffres surprenant pour comparer cette génération à celles de 68 :

Taux de chomage des moins de 30 ans : 18% (60% dans les banlieues) contre 8% pour les plus de 45 ans. Le taux de chomage des moins de 30 ans en 68 s'élevait à 4%...

Niveau de vie : il augmente régulièrement pour toutes les tranches d'âge sauf pour les moins de 30 ans (-5% en 20 ans) Pour la première fois, le niveau de vie est plus élevé à ne rien à faire entre 60 et 65 ans qu'à travailler à plein temps entre 30 et 35 ans !!! 600 000 jeunes sont pauvres en France.

Diplomes : ils ne valent plus rien. Les titulaires de licence sont 54% à être cadre contre 70% dans les années 70.

Famille : sans l'aide de la famille, 90% des 19-24 ans vivraient sous le seuil de pauvreté !

Représentativité : En 1981, 38% des députés ont moins de 45 ans. Ils ne sont plus que 15% aujourd'hui !

Cette génération qui ne travaillera pas comme la précédente (précarité donc, mais aussi flexibilité, fin des 35 heures annoncées, fin de la retraite à 60 ans, acquis sociaux rognés, pouvoir d'achat en baisse ...) n'aura pas non plus les même conditions de logement : outre l'explosion des loyers et du marché immibilier, l'Union nationale de la propriété immobilière vient de plus de proposer un nouveau contrat de location "à l'essai" inspiré du CPE. C'est purement immonde, je ne trouve pas d'autres mots.

Si on rajoute à cela la crise majeure de la fin du pétrole qui s'annonce et diverses pandémies possibles, je souhaite bon courage à la génération précaire !

Et je ne m'offusque pas, contrairement à certains grincheux, de la voir occuper des universités [2] ou de la voir résister à la Police [3] ou aux agitateurs de l'extrême-droite et de l'UNI (syndicat étudiant de droite). Quand on offre une France de merde aux jeunes, il ne faut pas s'étonner que çà pette un jour ou l'autre. Un jour dans les banlieues. Ou l'autre dans les facs.

En attendant la suite...

Notes

[1] En voyant ce soir sur France 2 l'inscription "68 % pour le retrait", je me suis demandé l'espace d'un instant combien était par contre partisan du préservatif ou de la pilule !

[2] Guerre des chiffres : sur 82 universités, 51 étaient perturbées jeudi 16 mars, selon le ministère de l'éducation, 58 selon l'AFP, et 64 selon l'UNEF. Je peux comprendre que l'on ne s'entende pas sur les chiffres des manifestants (entre 30 000 et 120 000 par exemple aujourd'hui selon les sources à Paris !) mais sur le nombre d'université, comment le ministère peut-il mentir à ce point ? Quand on consulte la liste de l'AFP, je peux vous dire qu'au moins une université a été oubliée : celle de La Rochelle, donc le chiffre de l'UNEF me semble le plus réaliste.

[3] Résistance le plus souvent pacifique, mais quand ce n'est pas le cas, ceux-là même qui près de 40 ans plus tôt balançaient des pavés dans la gueule des flics parlent aujourd'hui péjorativement de "casseurs". Autres temps, autres moeurs !