Génération précaire
Par Droop le jeudi 16 mars 2006, 15:57 - Politique - Social - Lien permanent
C'est un sondage qui le révèle : au-delà d'une simple contestation estudiantine, le front anti CPE révèle une profonde rupture générationnelle dans notre pays.
61,5% des sondés estiment que les étudiants "ont raison" de s'opposer au CPE, mais l'adhésion au mouvement anti-CPE est plus forte chez les moins de 25 ans (79 %) que chez les 50-64 ans (61%) ou les plus de 65 ans. (45%) [1]
Peut-être, outre le fait bien-sûr que les personnes agées et égoïstes se sentent moins concernées par cette loi, peut-être que celles-ci ne se rendent pas compte d'une réalité effroyable : pour la première fois en France en temps de paix, une génération a perdu du pouvoir d'achat par rapport à la précédente ! Louis Chauvel, sociologue, dans les Inrockuptibles de ce mois-ci, nous donne des chiffres surprenant pour comparer cette génération à celles de 68 :
Taux de chomage des moins de 30 ans : 18% (60% dans les banlieues) contre 8% pour les plus de 45 ans. Le taux de chomage des moins de 30 ans en 68 s'élevait à 4%...
Niveau de vie : il augmente régulièrement pour toutes les tranches d'âge sauf pour les moins de 30 ans (-5% en 20 ans) Pour la première fois, le niveau de vie est plus élevé à ne rien à faire entre 60 et 65 ans qu'à travailler à plein temps entre 30 et 35 ans !!! 600 000 jeunes sont pauvres en France.
Diplomes : ils ne valent plus rien. Les titulaires de licence sont 54% à être cadre contre 70% dans les années 70.
Famille : sans l'aide de la famille, 90% des 19-24 ans vivraient sous le seuil de pauvreté !
Représentativité : En 1981, 38% des députés ont moins de 45 ans. Ils ne sont plus que 15% aujourd'hui !
Cette génération qui ne travaillera pas comme la précédente (précarité donc, mais aussi flexibilité, fin des 35 heures annoncées, fin de la retraite à 60 ans, acquis sociaux rognés, pouvoir d'achat en baisse ...) n'aura pas non plus les même conditions de logement : outre l'explosion des loyers et du marché immibilier, l'Union nationale de la propriété immobilière vient de plus de proposer un nouveau contrat de location "à l'essai" inspiré du CPE. C'est purement immonde, je ne trouve pas d'autres mots.
Si on rajoute à cela la crise majeure de la fin du pétrole qui s'annonce et diverses pandémies possibles, je souhaite bon courage à la génération précaire !
Et je ne m'offusque pas, contrairement à certains grincheux, de la voir occuper des universités [2] ou de la voir résister à la Police [3] ou aux agitateurs de l'extrême-droite et de l'UNI (syndicat étudiant de droite). Quand on offre une France de merde aux jeunes, il ne faut pas s'étonner que çà pette un jour ou l'autre. Un jour dans les banlieues. Ou l'autre dans les facs.
En attendant la suite...
Notes
[1] En voyant ce soir sur France 2 l'inscription "68 % pour le retrait", je me suis demandé l'espace d'un instant combien était par contre partisan du préservatif ou de la pilule !
[2] Guerre des chiffres : sur 82 universités, 51 étaient perturbées jeudi 16 mars, selon le ministère de l'éducation, 58 selon l'AFP, et 64 selon l'UNEF. Je peux comprendre que l'on ne s'entende pas sur les chiffres des manifestants (entre 30 000 et 120 000 par exemple aujourd'hui selon les sources à Paris !) mais sur le nombre d'université, comment le ministère peut-il mentir à ce point ? Quand on consulte la liste de l'AFP, je peux vous dire qu'au moins une université a été oubliée : celle de La Rochelle, donc le chiffre de l'UNEF me semble le plus réaliste.
[3] Résistance le plus souvent pacifique, mais quand ce n'est pas le cas, ceux-là même qui près de 40 ans plus tôt balançaient des pavés dans la gueule des flics parlent aujourd'hui péjorativement de "casseurs". Autres temps, autres moeurs !
Commentaires
Que veux-tu rajouter à ça?
Et quand tu expliques ça au grand-père qui t'annonce tout fiérot que son PEA a fait un bond de 15% cette année, il ne veut pas comprendre. Comment expliquer que les dividendes explosent chaque année un peu plus alors que le PIB avance comme un escargot? Autrement dit, comment fait le rendement du capital pour grossir plus vite que la richesse créée? !!Ben, tout simplement en se servant sur la part des salaires...
Et là, le grand-père, il ne souhaite pas approfondir la question : il fait un chèque pour dépanner et il dit : "dommage que ça tombe sur vous!"...
On est tous de la génération précaire. C'est incroyable qu'apres 25ans de crise on découvre ca !
cela ne date pas d'hier, et une fois de plus on estime qu'il faut aller chercher l'argent la ou on le vois passer.
L'image de robin des bois fait plaisir, seulement elle est completement a coté de la plaque. On a pas d'entreprise si on a pas d'investisseur, et on a pas d'investisseur si on a pas d'actionnaires.
Ces mecs sont rétribué sur le "risque" qu'ils prennent. Certains prennent de gros risque, d'autre moins. En tant que salarié, je n'ai aucun risque a prendre, seulement celui de surestimer mes capacités ou d'arriver en retard au boulot. Cette absence de risque, je la paye en etant pas payé comme mon patron ou son actionnaire.
L'autre soucis, est que les patrons qui s'en sortent le mieux, sont souvent ceux qui savent au mieux profiter du systeme et faire le plus de paperasse pour grapiller quelques sous au détriment de ceux qui cultivent leur entreprise et leurs savoir faire.
La faute a qui ? a la multiplication de certaines aident qui faussent la concurrence et fait réussir des patrons qui sont de vraie ordures.
Martine Aubry trouvait normal qu'un Stagiaire en entreprise ne soit pas rémunéré.. en voila une qui devrait faire son examen de conscience pour une personne de gauche.
Malgré ca son projet EVA est interressant, mais est plombé par une idéologie issue de ses militants.
Favoriser une fois de plus la classe des enseignants.
Elle a de bonnes idées parfois, mais comme toute personne de gauche, elle devrait laisser tomber son idéologie et ne garder que son pragmatisme.
NaSH :
Tu peux développer STP ?
Fil des commentaires de ce billet