Honte à lui (2/4) : Celui qui se croyait fin stratège.
Par Droop le samedi 13 mai 2006, 15:23 - Présidentielles 2007 - Lien permanent
- Honte à lui (1/4) : Celui qui sera aimé des électeurs de l’extrême droite.
- Honte à lui (2/4) : Celui qui se croyait fin stratège.
- Honte à lui (3/4) : Celui qui fait de la répression un credo, sans se soucier des conséquences.
- Honte à lui (4/4) : Ceux qui résisteront au cynisme.
Un texte subtil
C’est très subtil, le projet de loi sur l'immigration vise à privilégier une immigration "choisie" et non plus "subie".
Le texte, il faut bien en parler, durcit les modalités d'entrée et de séjour des étrangers en France avec des conditions plus strictes pour le regroupement familial. Le regroupement familial ne pourra être demandé par un étranger qu'après une durée de séjour régulier en France de 18 mois et non plus 12. Ses ressources, d'un montant au moins égal au Smic, devront provenir de son travail. Les parents d'enfants français et les conjoints de Français devront attendre trois ans, au lieu de deux, pour solliciter une carte de long séjour (10 ans).
Le texte instaure aussi la fin de la régularisation automatique "de plein droit" après 10 ans de présence illégale sur le territoire français.
Il institue également une nouvelle carte de séjour appelée "compétences et talents" pour certaines catégories d'étrangers, d'une durée de validité de trois ans renouvelable et réservée à des migrants "hautement qualifiés", (chercheurs, artistes, sportifs de haut niveau) et propose de faciliter la venue et le travail des étudiants étrangers les plus diplômés. (niveau master). C’est vraiment se foutre de la gueule du monde quand on sait que la France a beaucoup plus besoin d’infirmières ou d’ouvriers en bâtiment que d’informaticiens et de bac +4 ! C’est sans doute aussi se foutre de la gueule des milliers de gens en vert qui balayent nos rues parce qu’il n’y a pas assez de français de souche intéressés par cela…
Tout nouvel immigré désirant s'établir durablement devra s'engager à signer un "contrat d'accueil et d'intégration" comportant une obligation de suivre une formation linguistique et civique.
Le texte renforce évidemment également les mesures de reconduites à la frontière. Bienvenue dans nos zones de non droits et nos charters.
Stratégie électorale de diversion.
Le journal Libération s’étonnait il y a peu de temps : « Faire voter une nouvelle loi sur l'immigration, après tant d'autres et sans qu'aucun fait nouveau ne justifie une quelconque urgence, voilà une de ces ficelles électorales grosses comme des câbles de marine dont on s'étonne seulement que quelqu'un ait suffisamment de toupet pour y recourir. »
Car immigration rime bien souvent avec élections. Depuis 1945, ce ne sont pas moins de 38 lois qui ont été établies sur ce sujet ! Avec deux fantasmes exploités par les politiques proches de l’extrême droite : celui de l‘immigré fraudeur et celui du voleur d’emploi. Jamais l’immigration n’a été perçue comme bienfaisante pour notre économie, alors que de nombreux économistes s’accordent à dire que c’est le cas. Pire, jamais l’immigration n’a été envisagée sous un autre angle que celui de l’économie ! Les dérives xénophobes de la droite ne datent pas d’hier, et Sarkozy sait très bien aujourd’hui s’inspirer de vieux thèmes nauséabonds. Souvenez-vous, pauvres français :
Jacques Chirac : "Le travailleur francais qui habite à la Goutte d'or et qui voit sur le palier à côté de son HLM, une famille avec un père, trois ou quatre épouses, une vingtaine de gosses, qui touche 50.000 F de prestations sociales sans travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, le travailleur francais sur le palier, il devient fou. Ce n'est pas être raciste que de dire que nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial" (20 juin 1991).
Charles Pasqua : "L'objectif que nous nous assignons, compte tenu de la gravité de la situation économique, c'est de tendre vers une immigration zéro" (1er juin 1993).
Jean-Marie Le Pen : "L'interruption volontaire de nationalité" contribue à "peupler la France d'une masse passive et hétérogène d'individus sans repères" et à la transformer en "satrapie du nouvel ordre mondial" (3 octobre 1998).
Nicolas Sarkozy : "Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter" (22 avril 2006, paraphrasant un slogan utilisé par le Front national de la jeunesse puis par le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers).
Mais l’Homme de droite sait que cela plait à la populace. Il sait flatter les bas instincts de ses électeurs. Interrogés sur les propos récemment tenus par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, 51% des sondés déclarent que lorsqu'ils entendent dire que si les immigrés n'aiment pas France, ils peuvent aussi bien la quitter, cela "correspond" à ce qu'ils pensent. Ils sont 42% à trouver le contraire, tandis que 7% ne se prononcent pas. Edifiant. Moi qui n’aime pas cette France, dois-je faire mes bagages ?
Commentaires
actuelle, qu'ils ne se gênent pas pour la changer" (cad s'engager en politique) j'aurais trouver ça plus positif.
Je pense pas qu'il faut limiter le propos de Sarkozy aux immigrés, amha il parle de tout le monde vivant en France actuellement, c'est pour ça que ça me choque pas plus. Néanmoins il eu pu dire "Si certains n'aiment pas la FranceSinon je savais pas que Chirac avait dire une aussi grosse connerie (j'étais relativement jeune à l'époque), je sais même pas comment il a pu se retrouver à la tête de l'UMP avec ce genre de discours
Oui et tu peux même te fournir le discours original de Chirac (accompagné avec de la musique il est vrai) dans "le bruit et l'odeur" de l'album "le bruit et l'odeur" de Zebda (à 3 min 38s du début de la chanson).
Bonne écoute !
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