Des idées

C'est la première surprise de cette campagne : pacte présidentiel, programme de Sarkozy, propositions de Bayrou, pacte écologique... Education, Défense, Justice, Logement, Ecologie... les propositions fusent dans tous les sens ! Il y en a pour tous les goûts. Bien sûr, on ne sait pas si tout sera réalisable ni si tout sera tenu, mais, divine surprise, presque tous les candidats annoncent des propositions concrètes, cartes sur table. Même Besancenot se met à faire dans la proposition chiffrée, quittant ses grands discours idéologiques d'avant ! Mieux, rien n'est tabou : à gauche on remet en cause le budget de l'armée et on ose envisager de ne pas baisser les impôts, à droite on veut s'attaquer aux régimes spéciaux des retraites, au centre on ose dénoncer les relations incestueuses entre médias et pouvoir. Du côté des écolos, on fait face courageusement aux chasseurs. Personne ne semble plus craindre l'impopularité de telle ou telle position, et c'est tant mieux ! Souvenez-vous, en 2002, pas l'ombre d'une idée originale, si ce n'est le zéro SDF de Jospin, qui fait aujourd'hui sourire amèrement ! Bien sûr, on dit ici ou là, comme une formule consacrée, que le débat a été "confisqué" en 2002 ! Que je sache, il y a eu un avant premier tour où les candidats ont eu tout le loisir de formuler leurs propositions. Des idées et du courage, donc. Ca manquait.

Les Médias

Une élection se joue à trois : les candidats, les électeurs, et les médias. Si nous ne sommes plus dans la surenchère sécuritaire de 2002 où l'on voyait TF-Haine accoucher d'un Jean-Marie le Pen au second tour,[1] ce n'est pas beaucoup mieux aujourd'hui. Les médias taclent Ségolène à qui mieux mieux et relayent toutes les attaques basses de l'UMP (la bravitude, l'indépendance de la Corse, le voyage en Palestine, le chiffrage des propositions, la démission de l'illustre Besson, inconnu du grand public, etc.). Ce qui en soit ne serait pas si grave si la même sévérité était de mise avec notre ministre de l'intérieur : plus un journaliste pour ne s'émouvoir du coût astronomique et impossible à mettre en oeuvre de sa baisse de 4 points des impôts. Pas un journaliste pour s'émouvoir du reniement de certaines de ses propositions au sein de son équipe de campagne. Plus personne pour venir réclamer sa démission de poste de ministre de l'intérieur alors qu'il continue à faire campagne sur l'argent de la République. C'est comme si les journalistes suivaient en meute les conseils du parti majoritaire. D'ailleurs, les expressions "trou" dans la campagne ou "passage à vide" sont systématiquement reprises par la quasi totalité des médias, emboitant le pas de dépêches AFP, sans doute plus par paresse que par malveillance, mais tout de même !

Birenbaum a bien raison de s'interroger :

Faut-il évoquer, par exemple, la manière dont la plupart des médias ont relayé - comme un seul homme et en moins de 24 heures - les sorties des "chiens de garde" de l'UMP sur le chiffrage des propositions de Ségolène Royal depuis dimanche dernier ?

L'abdication du questionnement journalistique au profit de "citoyens représentatifs" dans des émissions co-produites avec des proches du candidat de l'UMP, n'est-elle pas un phénomène autrement inquiétant ?

Ah oui, parce qu'il y a ça aussi de nouveau. Messieurs les journalistes, j'ai une question à vous poser : votre métier est-ce aujourd'hui de simplement faire le "passe-plat" entre des citoyens aux problèmes catégoriels et des candidats stars à l'aise au milieu de plateaux ressemblant plus à ceux de Ca se discute ou de C'est mon choix qu'à ceux de Ripostes ou France Europe Express ?

Verrons nous bientôt en représentation ultime du show politique un Steevy Boulay affronter un Gérard Miller sur le plateau d'On a tout essayé ?

Heureusement qu'il y a les sondages pour y voir plus clair dans tout ça. Deux par jour, pendant deux mois, sur un panel de moins en moins représentatif de préférence ! MD et Birenbaum s'inquiètent à juste titre des médias qui accentuent un peu plus la percée de Bayrou pour maintenir un suspense dans cette campagne.

Et si qu'on mettait le Bayrou au second tour et qu'on le faisait se battre avec Ségolène ou Sarko ?

Hein, hein ? %% Ce serait top cool trop classe on aurait deux fois plus de lecteurs/téléspectateurs ce soir !!!

Allez, allez, viens, on le fait !

... nous dit MD...

Birenbaum enfonce le clou :

Je veux dire comment un candidat (Bayrou) qui a près de dix points de moins que la deuxième (Royal) peut être donné comme la battant au second tour où, si l'on suit ce même sondage, elle s'est donc forcément qualifiée, avec Sarkozy !?

Et pas Bayrou ... ?!

Et comment le même candidat (Bayrou) qui a la moitié de son % (Sarkozy a 32) au premier tour, pourrait, tout aussi prétendument, "taper" Nicolas Sarkozy ... mais donc toujours sans avoir passé le premier tour ?

Enfin, faut dire que Bayrou, en ce moment, c'est top tendance !

Les Blogs au centre

Pas un jour ne se passe sans qu'un bobo (bourgeois-bayristes)[2] de plus ne fasse son coming out. La blogosphère à ce sujet a déjà réussi à flinguer Duhamel. Faut dire, à France 2, on trouve qu'il est plus condamnable de dire que l'on va voter Bayrou plutôt que de dire que la bite des nègres est responsable de la famine en Afrique...

C'est étonnant d'ailleurs de voir que des quatre "gros" candidats (ceux qui peuvent prétendre dépasser les 10%), Bayrou est celui qui a le programme le plus flou, oserais-je dire celui qui avance le moins d'idées ? C'est comme si certains à gauche semblaient plus attirés par sa posture du moment (au dessus de la mêlée) et par son courage face aux médias que par ses réelles propositions. On oublie un peu facilement que ce type là était le valet de Balladur (tout comme Sarkozy d'ailleurs !) et qu'il a mis à mal la laïcité quand il a voulu réformer la Loi Falloux, mais qu'importe ! Le péril Sarkozy semble à ce point réel pour que l'on cherche à voter pour tout ce qui pourrait le battre. C'est oublier de dire qu'objectivement Ségolène a deux fois plus de chance d'être au second tour que François, mais qu'importe là aussi ! Un phénomène abracadantesque qui risque très vite de faire pschitttt !

Vivement que je me réveille... le 18 juin 2007, au lendemain du second tour des élection législatives... La France aura une présidente... et pourquoi pas une premier ministre aussi si Ségolène abandonne la facilité de l'hypothèse Jean-Marc Ayraud pour oser Christiane Taubira... Oui, que je me réveille, enfin apaisé ![3]

Notes

[1] Bien avant l'explication de la nullité du programme de Jospin ou bien de l'émiettement des partis de la gauche plurielle, je pense que les premiers responsables de ce cauchemar furent certains médias qui créèrent artificiellement un sentiment d'insécurité chez les électeurs.

[2] L'expression est de Guillermo, de Radical Chic.

[3] Une prédiction à la con du genre de celles de Glazou s'est glissée dans ce texte. Sauras-tu la retrouver ?