Les candidats

12 candidats, ça donne tout de même le plaisir d'en éliminer 11 ! Si je me place strictement du point de vue de la communication, et non des idées, je constate que les trois grands candidats ne sont pas forcément ceux qui font la meilleure campagne. La thématique rebelle mais stérile de Bayrou prend chaque jour un peu plus l'eau. Sarkozy semble à l'arrêt dans les médias. Et Ségolène ne parvient pas à faire la différence, malgré, n'en déplaise à ce macho de Daniel Glazman[1] un slogan "La France Présidente" que je ne trouve pas trop mauvais. Bon ça reste un slogan, mais comparé aux autres, j'oserai même dire que c'est le moins pire ! Pour ce qui est de ce que l'on appelle les "petits" candidats, deux réussissent à sortir leurs épingles du jeu (toujours du point de vue de la stratégie, pas des idées !), à savoir Besancenot, qui réussit à avoir des idées plus modernes que ses congénères d'extrême gauche, et qui sort enfin des arguments chiffrés et incontestables, copiant un peu en cela la stratégie des gauchos intellos d'ATTAC. Le deuxième, je sens que ça va vous surprendre, c'est Frédéric Nihous, qui passe très bien à l'écran, jeune, dynamique, répondant spontanément sans notes ni langue de bois, beaucoup moins réactionnaire que Saint-Josse, défendant la laïcité. Ca reste un gros con de chasseur, mais sa stratégie d'élargir ainsi son électorat est intéressante. Quant aux autres candidats de la gauche anti-libérale, ils ne sont manifestement pas capables de respecter les règles du jeu qu'ils ont eux-mêmes émises en refusant que Marie-Georges soit leur représentante. (Certes ce n'est pas à mon avis la mieux placée ni la plus représentative, mais c'est pour elle que les militants avaient voté en majorité, n'en déplaise à Besancenot ou José ! Moi, tout comme Agnès du Monolecte, j'aurai très bien vu Autain à cette place, à la différence que je n'aurai quand même pas voté pour elle !) De toutes façon une candidature unique n'aurait pas récolté beaucoup plus de voies que le mieux placé d'entre eux. Quant à Dominique... arf... Je ne dirais rien pour l'enfoncer, c'est ma chouchou ! Mais, bon...

La raison ou le coeur

Le vote utile, c'est souvent le premier sujet d'engueulade entre ceux qui se prétendent de la vraie gauche, et, donc, les sociaux-traitres dont je fais parti ! Les deux positions (je vote pour le candidat de mon coeur ou je vote pour le candidat le mieux à même de contrer Sarkozy au second tour), bien qu'opposées, sont toutes deux respectables à mon goût. Ce que je ne supporte pas, ce sont ceux qui attaquent violemment leurs confrères du même bord qu'eux au prétexte qu'ils n'ont pas la bonne stratégie. Surtout quand ces attaques viennent de personnes qui revendiquaient voter Chirac pour contrer Le Pen au second tour des dernières présidentielles. Moi je me sens tout à fait à l'aise quand je dis que je vais voter Ségolène pour contrer Sarkozy. Et d'un autre côté je ne trouve pas déshonorant que certains, comme Agnès, pensent le contraire et préfèrent voter d'abord en suivant leur coeur.[2] Je sais, au fond de moi, que nous sommes du même camp. Celui de la gauche. La gauche tout court.

Le risque le Pen

Je ne jouerai pas aux devins comme ceux qui prédisent à nouveau Le Pen au second tour. Moi, je n'en sais rien ! Si je vote "utile", comme on dit, c'est avant tout pour contrer Sarkozy, qui, tout en ayant en grande partie les mêmes idées, risque quand même beaucoup plus d'être élu président que son collègue le Pen ! Je voyais encore aujourd'hui dans l'émission En Aparté sur Canal +, un chroniqueur reprendre, sans le nommer, l'analyse récente de Guy Birenbaum sur son blog. Selon ce dernier, si Sarkozy et Royale reprenaient ces derniers temps des thématiques nationalistes chères au front nationale, c'est "que des enquêtes circulent qui placent Jean-Marie Le Pen bien au dessus des pourcentages "officiels" des sondages. D'où cette inquiétante course à l'échalotte (sic) derrière les thèmes et les items traditionnels du FN ; au fameux motif qu'il ne faut surtout pas les lui abandonner." Sans nier que les sondages ont beaucoup de mal à évaluer réellement la part de l'électorat frontiste, je ne souscris absolument pas à cette théorie d'un soi-disant complot qui feraient que les deux grands candidats ont en mains des enquêtes plus fiables ou plus honnêtes que celles que commandent la presse quotidienne et la télévision ! Peut-être ont-ils les chiffres non corrigés, mais c'est tout. Et les chiffres non corrigés des sondages, on peut les obtenir en fouinant un peu ! Ils donnent Bayrou systématiquement devant Royale et le Pen entre 5 et 7 %, donc ce n'est pas non plus du côté de ces chiffres bruts que pourrait venir l'inquiétude !

La droitisation

Inutile de se voiler la face : il y a bel et bien une droitisation quasi générale de l'échiquier politique français. Sarkozy pourrit à lui tout seul toute la campagne en tirant bon nombres de candidats sur la droite. L'UMP est ainsi devenue en quelques mois une succursale du FN en réussissant à mettre au pas les crypto-gaullistes (Dupont-Aignan), les sociaux-gaullistes (Borloo, Villepin), les libéraux (Devedjian) et certains centristes (de Robien, Santini, Simone Veil). Du côté de Ségolène, la tentation serait de dire qu'elle représente l'aile droite du PS, mais ce n'est pas si simple. Sur les thématiques de l'économie ou de la sécurité, elle s'est effectivement droitisée. Par contre, sur d'autres thématiques : réforme des institutions, écologie, droit des femmes et des homosexuels, elle est bien plus à gauche que les positions officielles du PS. Bayrou, lui, semble effectivement nager à contre courant, ce qui a pu d'ailleurs lui valoir en partie son succès éphémère, en gauchisant depuis quelques mois la position de l'UDF. Sa position me semble toutes fois hypocrite, je le juge un peu comme un Fabius de droite qui trouve subitement que gauchir son discours peut lui rapporter des suffrages ! Il n'y a finalement qu'à l'extrême gauche que l'on reste constant, et encore ! En creusant bien, ces dernières années, l'abandon de la faucille et du marteau ou de la dictature du prolétariat ne pourraient ils pas être perçus comme une droitisation ? (je provoque, je provoque !)

Vous savez où je me le mets votre drapeau ?

C'est le sujet à la mode, après le pétainisme de Sarkozy et son ministère de l'immigration et de l'identité nationale, voici qu'on nous demande de pavoiser. Si je devais être attaché à la France, ce serait sans doutes pour sa déclaration des droits de l'homme, ses écrivains des lumières, ses philosophes, ses peintres, ses découvreurs, ses monuments, ses paysages, sa cuisine, ses terroirs, que sais-je ! Mais votre drapeau et votre hymne, excusez-moi d'être vulgaire : rien à fouttre ! Un drapeau, même noir, même multicolore avec écrit "PACE" dessus, ca reste pour moi un étendard à couillons. Un décerveleur de foules. Tout comme un hymne. Alors José, change les paroles de la Marseillaise si tu veux, d'autres en ont eu l'idée avant toi[3] mais avec ou sans ses paroles, la Marseillaise restera un hymne français. Le mieux ne serait-il pas de l'abandonner et d'adopter à la place notre hymne européen à la joie, sans paroles ? Ca aurait l'avantage d'éviter d'entendre beugler les foules avinées avant les matches de foot !

Euhhh, on parlait de quoi à la base déjà ?

P.S : (c'est le cas de le dire!) Je préviens à l'avance que je coupe le robinet à commentaires dès que ça dérape. Et oui, je me LeChieurise !

Notes

[1] Tiens, LeChieur, tu voulais un exemple de macho anti-Ségolène, en voilà un beau !

[2] Je tiens à préciser que si je ne votais pas utile, je voterai Dominique Voynet et non José Bové.

[3] Initiative soutenue par Gérard Holtz, ça a quand même de la gueule !