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Billets d'humeur

Vous trouvez que l'actualité incite à la bonne hurmeur ?

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samedi 31 décembre 2005

Bonne année, bonne santé ...

Je n’ai toujours pas compris pourquoi, mais bonne année, puisque c’est d’usage ! Allez, je vais encore essayer d’enculer les mouches, mais avec panache ! J’ai du mal avec les fêtes, je le concède. Déjà Noël, fête familiale et religieuse érigée en dogme national, pour moi qui suis athée, ça passe mal. Mais bon, ne brisons pas l’ambiance, festoyons, festoyons, puisque c’est un ordre ! Mon anniversaire, comme celui des autres, ne trouve pas plus grâce à mes yeux. Célébrer la décrépitude lente et inexorable, rien de plus masochiste ! Pour les autres fêtes, c’est à peu près pareil, ce ne sont que des dates, parmi d’autres, sans réelles significations pour moi ! Le nouvel an se classe parmi celles-ci, et ne vaut guère plus qu’une Saint Valentin ou une Fête des mères dans mon esprit ! Certes, c’est une tradition ancestrale contrairement aux deux autres dates citées, mais justement, rien de pire qu’une absurdité érigée en tradition à mes yeux. Certes, c’est un prétexte pour picoler, pour chômer, pour se retrouver, pour ce que vous voulez… mais, au fond, se souhaiter une « bonne année » comme on pourrait se souhaiter un bonjour ou un bon millénaire, me parait bien futile et inutile.

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mercredi 14 décembre 2005

Les transports en Ile-de-France

Désolé par avance pour tout ceux que je ne vais pas intéresser avec mes problèmes franciliens. Mais il faut tout de même avouer que la douloureuse question des transports concerne un peu tout le monde, les évènements en Ile-de-France n'étant que la vitrine du reste du pays.

Tout à commencé il y a une dizaine de jours, quand les conducteurs des rames du RER D ont entamé un mouvement de grêve, pour protester contre les changements de calendrier que la direction régionale tentait de leur imposer. Et c'est là que les choses étonnantes commencent : 80 grévistes réussissent à bloquer 500 000 "usagers" (ne devrait-on pas dire "client" ? Le mot est laché !) et l'affrontement prend une ampleur nationale avec les réactions rigides de la direction et les commentaires acerbes de notre Président de la République. Alors, quoi ? Que se passe-t-il ? Ce n'est quand même pas la première ni la dernière grève que nous connaissons ! Pourquoi celle-ci cristalise-t-elle tous les mécontements, des quatre côtés ? (Salariés, Patronat, Usagers, Etat)

Bon, j'aborde un sujet sensible, puisque je suis à la fois usager occasionnel, et gauchiste dans l'âme. Comment ne froisser personne, voyons, voyons ! ...

Usager occasionnel : quand je vois ma copine qui galère depuis le début de la semaine (depuis que le mouvement s'est étendu à la ligne B et qu'aucun train ne circule à notre arrêt, chose que je n'avais jamais connu, même pendant la fronde contre la réforme des retraites ou pendant le mouvement du 22 novembre dernier...), mon premier reflexe de citoyen en colère est de dire que c'est une grève de trop, que ces gens là, qui gagnent plus que moi, feraient mieux de se mobiliser pour des choses autrement plus importantes qu'une bête histoire de calendrier ! Que merde, décidément, je suis bien heureux depuis que j'ai acheté une voiture, moi qui aie une sensibilité écologiste, je le déplore, mais je ne regrette en rien mes deux premières années de galère pour arriver à l'heure au boulot. La voiture est le seul mode de transport efficace en Ile-de-France, je le regrette, mais c'est un fait.

Et puis, la raison prenant le pas sur les tripes, je me remémore tous ces micro-trottoirs que nous servent TF1 et autre France 3 à l'occasion de ce genre de grèves, où l'on peut se rendre compte de toute la haine populiste anti fonctionnaire de notre beau pays.

Gauchiste dans l'âme : Aurais-tu oublié que toi aussi tu as fais grêve avec tes "copains" (on ne dit plus "camarade", ça fait trop stalinien, va donc pour le débilissime "copain") pour le même genre de motif : le travail de week-end sans réelle compensation ? T'es-tu demandé si un salarié qui est prêt à perdre 500 euros de salaire au bout d'une semaine n'a pas de réelles raisons de mécontentement ? Crois-tu vraiment que la direction as tout fait pour désamorcer la crise comme elle le prétend ?

Voilà que je réfléchis trop : quand j'entends les syndicalistes de SUD ou de la CGT, je me dis qu'ils ont 100 fois raisons dans leur argumentation et dans leur droit à faire grève. Et quand je lis le petit tract "La ligne D communique" distribué dans nos gare disant que cette grêve porte atteinte aux usagers alors même que le projet de la SNCF est d'améliorer les dessertes ferroviaires, je me dis aussi qu'ils ont 100 fois raisons.

Mais alors, qui a raison ?

On peut voir dans ce tract de communication anti-grève distribué par la SNCF comme une provocation inutile qui ne sert qu'à rajouter de l'huile sur le feu. Pourtant, la direction ne fait que reprendre les mêmes moyens d'expression que les syndicats ! Rien n'est simple. L'erreur des syndicats est plus à mon avis sur la forme que sur le fond. Faire grève est un droit, contrairement à ce que certains à droite peuvent penser. Mais en les multipliant de manière de plus en plus radicale, les salariés sont en train de se mettre la grande majorité des usagers à dos, et cela est contre-productif, si je puis dire ! Pourquoi ne pas envisager d'autres moyens de lutte que la grève ? Pourquoi ne pas associer les associations d'usagers dans un mouvement réclamant plus de moyens et plus d'embauches pour les transports ferrés ? Avouez que ça aurait de la gueule et de l'impact médiatique, une manifestation salariés-usagers main dans la main !

Parce-que bordel, les usagers sont toujours le dindon de la farce !

Rames des années 70, caténaires qui se décrochent toutes les semaines, voies vieillissantes et dangereuses, odeurs nauséabondes, propreté douteuse, retards en pagaille, affichages défaillants et innéficaces, communication absente, sécurité faible... Merde, y'en a marre ! Voilà pourquoi j'ai abandonné ma carte orange, marre de payer plus de 90 euros par mois pour un service qui ne se modernise plus depuis 30 ans ! Je comprends les resquilleurs ! Vous qui n'habitez pas ici, vous ne pouvez surement pas comprendre, quand la seule image que les médias rendent de la SNCF sont celles des beaux TGV, des TER ultra modernes ou de la dernière ligne automatique de métro pour les parisiens. Je vous le dis : le RER est un transport inutile pour la SNCF, il rapporte si peu et dessert des banlieues où nos hommes d'affaires n'ont pas besoin d'aller...

Quand je pense que j'avais voté à gauche aux dernières régionales, voyant que le transport était leur priorité numéro un, et qu'on nous promettait enfin un tarif unique de la carte orange toutes zones, beaucoup plus bas qu'actuellement (je n'ai toujours pas compris pourquoi c'était aux banlieusards éloignés de payer pour les parisiens qui sont pourtant les premiers bénéficiaires et utilisateurs du réseau !). Marre de voir que le tramway à Paris prend du retard, que je ne verrai sans doûtes jamais de mon vivant les fameuses lignes tangentielles de RER qui me permettraient d'aller à Cergy ou Brunoy (par exemple...) sans passer par Paris ! Marre ! Marre ! Marre ! J'ai été patient, conscient que tout cela mettrait du temps à mettre en place, mais ne voyant rien venir, où sont passées les belles promesses de la gauche régionale ?

Le bilan écologique de cette mandature sera plus que nullissime : vouloir réduire la circulation automobile à Paris, c'est bien, encore faudrait-il avoir le courage d'instaurer une taxe comme à Londres, d'interdire les 4x4 en hypercentre, de créer de véritables zones piétonnières, de développer les parkings à la périphérie, de faire baisser les prix des taxis, et surtout d'augmenter puissament le parc des bus, tramways, métros et RER ! Il faudrait construire de nouvelles lignes, faire circuler les trains la nuit, comme dans les autres capitales européennes. Au lieu de cela : néant. Et zéro proposition à gauche comme à droite. Parti comme c'est, je ne me déplacerai pas pour les prochaines éléctions régionales, évitant ainsi de polluer un peu plus si j'allais au bureau de vote en voiture, ou d'agresser inutilement mes poumons dans la pollution chronique ambiante si j'y vais à pied.

C'est nous qui devrions faire grève !

Liens sur les grèves :

Torpedo

Libération : ici et .

Projets :

La tengentielle nord.

lundi 12 décembre 2005

Le retour du nuage de Tchernobyl

Question :

Sachant qu'un nuage, qui de toutes façons n'est pas dangereux, on vous l'assure, ne passera pas la frontière française, donc il n'y a rien à craindre, en quelle année somme-nous ?

Réponses possibles :

1986 ou 2005.

Et oui, près de 20 ans ont passé, et il semble bien, à l'heure actuelle, que la minimisation des autorités officielles soient toujours d'actualité lorsque une catastrophe écologique survient. Les autorités anglaises précisent ainsi que rien n'indique que le nuage issu de l'incendie du dépôt pétrolier de Buncefield, situé à une quarantaine de kilomètres au nord de Londres, soit nocif. Pourtant, un simple retour sur nos cours de chimie du collège devrait nous mettre la puce à l'oreille : outre du CO2 (extrèmement pénalisant pour le réchauffement global de notre planète) et de l'eau, la combustion des hydrocarbures produit bien des particules de carbone et du monoxyde de carbone... Le CO, c'est quelque-chose d'extrèmement sympatique. Mais non, on conseille juste aux femmes enceintes et aux asthmatiques de rester chez eux, fenêtres closes... Les policiers avec des masques de protection aux carrefours ? Simple précaution, madame, ne vous inquiètez pas, nous maitrisons tout. Notre énergie est inépuisable !

Et puis après tout, ceci n'est qu'un petit nuage de rien du tout :

Les frontières de la France étant naturellement hermètiques à tout type de nuage, nous n'avons rien à craindre, nous, en France ! ...

Putain, vivement la fin du pétrole, que je sois au chomage !

samedi 12 novembre 2005

Les blogs comme sources d'information.

Bienvenue dans l'hebdo du médiateur ! Je vais tenter, modestement, de faire un arrêt sur images sur mon propre blog, suite à diverses réactions sucitées par quelques-uns de mes atricles que j'ai pu écrire ici-même ! En effet, mes statistiques sont encore une fois montées en flèche, suite aux deux billets que j'ai pu poster sur les émeutes en banlieue parisienne. Ce qui me procure un sentiment très partagé !

Bien sûr, faut pas se la jouer, je suis content, même si je n'y gagne rien financièrement, quand je vois que mon blog a du succès. J'ai arrêté pourtant depuis quelques temps de publier les statistiques mensuelles du site, car je trouve que ça fait un peu branlette de webmaster, "jme la donne", enfin, bref, vous m'avez compris, ça n'apporte pas grand chose ! J'en suis parfois le premier étonné, oubliant parfois que le référencement des blogs sous dotclear est excellement bien fait, et que le phénoméne de communauté de blogs, via les liens et les trackbacks, joue pour beaucoup là-dedans. Cela peut également s'expliquer par ce que les gens cherchent d'autres sources d'informations que les médias officiels, et que tout moyen alternantif peut aujourd'hui, dans la globalisation de l'information, obtenir une audience respectable. Je me demande même parfois, avec du recul, si je n'abuse pas de ces fameux trackbacks, comme pouvait me le reprocher certains en commentaires. Il y a probablement un peu de vrai dans tout cela, pourtant, quand je fais ce genre de choses, sur le coup, je ne pense pas à la course à l'audience, et je ne cherche qu'à établir des liens dans une communauté d'idées. Peut-être est-il malvenu, dans cet esprit-là, d'établir ce genres de liens avec des blogueurs qui ne pensent pas du tout comme vous... ça reste à discuter !

Le fait est que je suis étonné qu'un sujet comme les émeutes en banlieue ait pû avoir autant d'audience. Généralement, sur mon blog, ce sont plutôt les articles de Yannig sur les logiciels libres ou les miens sur Free qui ont le plus de succès, geekisation du net oblige. Rarement un billet sur l'actualité, limite "politique", a eu autant de visites ou de commentaires. (si ce n'est, peut être, au moment du référendum sur la constitution européenne.) Peut-être que peu de blogs, en proportion, se sont exprimés sur ce sujet. Il y a certainement aussi une autre explication qui me met plus mal à l'aise : la proportion de visites en provenance de l'étranger est plus forte ici que d'habitude. Quand on voit comment les médias étrangers ont traité le sujet, ça ne m'étonne qu'à moitié que certains puissent vouloir lire un point de vue typically french ! Mais ces visites proviennent peut-être d'un mal-entendu, les étrangers croyant trouver dans mon témoignage celui de quelqu'un qui a vécu les événements de l'intérieur. Comme on peut le voir sur ce site anglais qui pointe vers mon blog, on me présente bien comme "a blogger living close to the scene of the Paris riots." Quelqu'un proche d'un quotidien arabe anglophone m'a également contacté cette semaine par mail pour me demander si j'avais des contacts à lui présenter sur ce sujet... Certes, j'habite dans une commune dans laquelle dix bagnoles ont cramé, mais je n'en ai pas vu une seule de mes propres yeux ! Ce que je veux dire par là, c'est que si j'avais habité Paris intra-muros, ou bien le trou du cul du monde en province, (attention, ceci n'est pas péjoratif, je viens de province!) mon article aurait été exactement le même ! Et c'est là que je vous exprime un regret : quand je titre "Ca flambe vers chez moi" ou bien quand je parle de ma ville où "les nuits sont maintenant ponctuées des sirènes des pompiers et de la Police, et de crissements de pneus suspects", j'avoue que ça peut paraitre ambigû et que, même si tout cela est vrai, on peut croire que je cherche à dire que je vis réellement au coeur des événements.

Difficile de toujours mesurer ses propos sur un blog, et de surpprimer tout ce qui n'apporterait rien de plus à l'information, si ce n'est un peu d'auto-satisfaction au webmaster ! Je vous assure pourtant que tout ceci n'est pas volontaire, mais simplement maladroit ! J'ai vu sur certains blogs que certains critiquaient les blogeurs bobo parisiens qui commentent ces évenements confortablement assis dans leur F3, sans avoir aucune idée de ce qu'est la vie réelle dans les banlieues. Moi, je vis en banlieue, et je ne peux pas pour autant avoir la moindre idée de ce que ça fait de vivre avec un RMI, ou d'être en situation irrégulière, ou d'être discriminé à l'embauche, etc. Est-ce que ça m'empèche pour autant d'avoir une opinion ? Certainement pas ! Il faut relativiser les choses : un blog, ce n'est qu'un blog ! Pas de quoi s'entre tuer pour des idées ! Pas de quoi non plus créer une nouvelle guerre des classes entre les gentils pauvres qui se révolteraient et les bourgeois blogueurs qui commenteraient tout cela, amusés...

Reste que cette faiblesse que l'on trouve parfois sur les blogs est très nettement contrecarrée par la présence des commentaires. C'est la force du blog par rapport aux autres médias d'informations traditionnels : quand on n'est pas d'accord avec l'auteur, on le dit en commentaire, et l'auteur peut apporter ainsi des précisions, des corrections ou parfois même des excuses, là où le journaliste traditionnel n'aura aucun retour, et sera, tout simplement, discrédité.

dimanche 6 novembre 2005

Jusqu'ici tout va bien...

C'est l'histoire d'une société qui tombe et qui, au fur et à mesure de sa chute, se répète pour se rassurer : "Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien." Mais ce qui compte c'est pas la chute. C'est l'atterrissage.

Au lendemain de la dixième nuit de violence dans nos banlieues françaises, je me pose toujours les mêmes questions. Aujourd’hui, je cherche à comprendre. Comprendre n’est pas excuser. Comprendre, c’est un premier pas pour trouver des solutions.

Intifada des banlieues ?

La France a peur… tous les soirs à 20 heures

Les émeutes de Clichy-sous-bois se sont donc étendues à toute la Seine-Saint-Denis. Puis se fut l’ensemble des départements d’Ile-de-France. C’est maintenant le pays tout entier, de la province à Paris intra-muros, qui est touché.

Même chez moi, dans ma petite « banlieue campagnarde » tranquille de Seine-et-Marne, les nuits sont maintenant ponctuées des sirènes des pompiers et de la Police, et de crissements de pneus suspects. Dix voitures ont déjà été brûlées dans une commune qui n’a jamais connu jusqu’à présent d’actes de délinquance très graves.

Dans la litanie des chiffres annoncés par les médias, ceux de cette nuit, concernant la ville d’Evreux (Eure), sont éloquents : une centaine de véhicules ont été incendiés, ainsi que 14 commerces d’un centre commercial, une pharmacie et un salon de coiffure, un bureau de poste, un poste de Police, et deux écoles. Deux policiers nationaux, trois policiers municipaux et trois pompiers ont été blessés légèrement.

Les violences semblent avoir atteint Paris, où 22 voitures ont été incendiées cette nuit, dans les 3e, 13e, 19e, et 20e arrondissements.

Mais le pire n’est pas dans ces dégradations de biens publics et privés (qui, à défaut d’être comprises, peuvent être expliquées, comme nous le verrons après), mais plutôt dans les agressions « gratuites » d’usagers des transports en commun. Un autobus attaqué, sans blessés, près de Rouen ; des RER de la ligne B pris d’assaut, « caillassés » et dévalisés, (ce qui a entraîné et entraîne toujours de longues interruptions de service dont les salariés des banlieues les plus modestes sont les premiers à pâtir) ; et surtout le plus grave : une personne qui a été gravement brûlée au cours de l'attaque d'un autobus par des jeunes mercredi soir à Sevran, tout près de chez moi… (Seine-Saint-Denis).

Difficile de faire la réelle part des choses, entre les bilans des nuits qui nous sont fournis par les services de Police, et qui sont difficilement vérifiables ou contestables, et les rumeurs et démentis qui circulent dans les médias : le sénateur-maire (PS) de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), Jacques Mahéas, a par exemple démenti que des tirs de pistolets à grenaille aient été effectués dans la nuit de jeudi à vendredi contre des cars de CRS dans sa commune.

Difficile aussi de ne pas perdre toute objectivité, face aux commérages populistes de certains médias français, qui participent à une dangereuse surenchère en exagérant les faits ou en comparant l’incomparable. (« Intifada des banlieues » ou même « mai 68 des banlieues » sont des titres à la mode…) Ce langage du pire semble avoir quelques échos positifs sur la population, si j’en juge par certaines réactions lamentables que j’ai pu entendre autour de la machine à café de mon boulot ou à mon tabac (j’ai repris la cigarette et je vous merde !).

Il faudrait envoyer l’armée !...

Pauvre France ! J’apprends aussi à l’instant sur France Info que certains habitants de banlieues « sensibles » commencent à s’organiser en milices armées pour défendre leurs voitures. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…

Clichy-city

Vu de l’étranger, les choses ne sont pas mieux ! Nos banlieues franciliennes sont devenues le rendez-vous incontournable de nombreux médias étrangers, avec envoyés spéciaux de Fox News ou d’Al-Jazira

En Europe, le Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) souligne que "le modèle d'intégration républicain sur lequel la France a des décennies durant fondé la conception qu'elle a d'elle-même est en flammes". (Pan dans les dents ! Si ça vous fait mal, c’est qu’ils doivent avoir un peu raison, non ?)

Par ailleurs, « des violences urbaines semblables à celles de la banlieue parisienne sont a priori peu vraisemblables en Allemagne », a déclaré la chargée des questions d'intégration du gouvernement allemand Marieluise Beck, selon laquelle les immigrés y sont mieux intégrés qu'en France. J’espère qu’elle ne va pas dire cela en face des turcs de la banlieue berlinoise !

Certains en Europe, après les émeutes d’il y a deux semaines à Birmingham en Angleterre, s’inquiètent assez justement d’un risque d’émeutes au niveau du continent.

Ainsi, le leader de l'opposition de centre-gauche italienne, Romano Prodi, estime quant à lui, qu'une explosion de violence urbaine en Italie n'est "qu'une question de temps", les banlieues de la péninsule étant "les pires d'Europe".

La presse espagnole s'inquiète quant à elle des violences urbaines qui secouent la France et dans lesquelles elle voit un avertissement sans frais pour le reste de l'Europe.

Ailleurs dans le monde, les analyses sont parfois moins fines.

Le département d'Etat Américain s'est abstenu de commenter les émeutes en région parisienne, mais l'ambassade des Etats-Unis à Paris a recommandé aux Américains d'éviter les zones à risque. C’est vrai qu’il y a plein de ricains dans le 9-3…

Le plus comique revient à la Russie, qui ose un comparatif entre ces émeutes et le terrorisme tchétchène, sous le titre « la guerre civile en France »…

Quant on voit comment les médias étrangers parlent de la France, on peut sérieusement se poser des questions sur la manière dont les médias français parlent de l’étranger !

Comprendre n’est pas excuser.

Difficile, donc, au milieu de tant d’effervescence et de remue-ménage politico-français, de garder la tête froide, de prendre du recul, et d’essayer de comprendre, tout simplement. Comprendre n’est pas excuser. Au lendemain des élections présidentielles qui avaient vu Jean-Marie Le Pen atteindre le second tour, toute la classe politique française avait promis que le message des français qui avaient voté FN serait entendu et pris en compte. La sécurité semblait alors la première préoccupation nationale. Les résultats, trois ans après, sont plus que contestables. Il s’agissait pourtant déjà alors de comprendre, (et non d’excuser un tel vote), mais au lieu de miser sur une politique volontariste de la ville et du logement, la Chiraquie avait alors préféré le tout sécuritaire au préventif. La « fracture sociale » lui est maintenant revenue en pleine face.

Clichy vs. Neuilly

Nicolas Sarkozy, déclenchant comme à son habitude une polémique dans la polémique, a déclaré sur i-télé:

Ce à quoi nous avons assisté dans le département de la Seine-Saint-Denis cette nuit, n'avait rien de spontané, était parfaitement organisé. Nous sommes en train de rechercher par qui et comment.

Ses lieutenants lui ont immédiatement emboîté le pas, tel Roger Karoutchi, président du groupe UMP au Conseil régional d'Ile-de-France, qui estime que les jeunes auteurs de violences dans les banlieues disposent d'une forme de "coordination technique" pour éviter les forces de l'ordre ou brûler des voitures, ou bien le député-maire du Raincy (93), Eric Raoult, qui voit dans les violences "quelque chose de trop spontané, de trop organisé".

Toutes ces allégations farfelues ont bien sûr été démenties par les policiers et les éducateurs sur place. Bien sûr que quelques fois, il y a « coordination » par conversation par portable pour se prévenir de l’arrivée de la Police. Mais de là à imaginer une véritable « organisation » non « spontanée », cela relève de la manipulation politicienne. Les caïds de banlieues n’ont d’ailleurs aucun intérêt dans ces émeutes, ils préfèrent amplement le calme et la discrétion pour réaliser leurs affaires. Quant aux prédicateurs religieux, on les a plus vu ces derniers temps comme médiateurs, pour calmer le jeu, et cela, même si on doit le déplorer, est un fait indiscutable.

Les voitures brûlées ne sont pas une chose nouvelle en France. Ce qui est plus nouveau, c’est l’attaque de bâtiments publics. Ces attaques s’expliquent par le fait qu’elles représentent l’Etat ou la collectivité locale, et les émeutiers ne voient pas plus loin que ça quand ils brûlent une mairie, une poste, ou même une école. Pour ce qui est des attaques récentes de commerces ou industries, si celles-ci peuvent paraître incompréhensibles (outre les pillages de certains magasins par quelques profiteurs), elles s’expliquent aussi simplement. Un jeune interrogé disait que ces industries profitaient de la création de zones franches sans embaucher pour autant des jeunes des quartiers défavorisés. (aucune loi n’oblige d’ailleurs ces entreprises à certaines contreparties en échange de leurs exonérations fiscales) Une fois de plus, cela n’excuse pas le geste qui met des employés au chômage technique, mais ça a le mérite d’expliquer un peu mieux ces attaques d’entrepôts que la population locale a du mal à comprendre. A Aulnay-sous-Bois, les attaques se sont ainsi concentrées ces dernières nuits sur la zone économique de la commune.

La Haine

Deux événements ont précipités cette escalade émeutière : l’élément déclenchant a été la mort des deux jeunes électrocutés suite à un contrôle d’identité policière, et l’élément aggravant a été le gazage d’une mosquée, toujours à Clichy. Les ferments de cette explosion couvaient depuis bien longtemps déjà, et tout ceci semblait bien prévisible. D’ailleurs, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et SOS Racisme ne se trompent pas quand ils estiment que ces violences relèvent de "maux profonds" et avaient un caractère "prévisible".

Amar Henni, éducateur dans les cités durant vingt ans et auteur de Cités hors la loi, la jeunesse invente ses règles (Editions Ramsay), nous explique qu’il existe un fonctionnement autour de la réputation et de l'honneur dans les banlieues. (in liberation.fr) Ces deux notions organisent des vies dans la cité :

Les gamins qui étaient en colère étaient dans cette logique d'honneur à Clichy-sous-Bois. Depuis, c'est autre chose qui se joue dans les autres banlieues, où les jeunes sont dans la réputation de leur cité.

Le ministre de l'Intérieur a défié les jeunes sur leurs territoires, il a utilisé comme eux la joute verbale. Il les traite de "racaille", il fait venir les caméras. Il les défie sur un rapport de force. Les gamins sont dans la logique du "Qui va gagner ?" Ils font des concours sur l'Internet (voir les skyblogs pathétiques dont je ne vous donnerais pas les adresses) où ils disent: "Telle ville, on a brûlé tant de voitures et vous combien chez vous ?"

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase semble bien être Sarkozy, même si on peut dire que ça devait péter un jour ou l’autre, de toutes façons. Il parait évident que le ministre de l’intérieur a joué avec le feu et tenu des propos irresponsables. Le syndicat Sud éducation Paris critique d’ailleurs dans un communiqué la situation dans les banlieues et les propos du ministre de l'Intérieur, évoquant un "flicage permanent des jeunes" et rappelant que "précarité, chômage et pauvreté résistent au karcher".

Le divorce entre la Police et la jeunesse française semble en tout cas bien entamé, puisque on assiste à une radicalisation extrême dans les deux « camps ». (policiers racistes contre « assassins de la Police »)

L’opium du peuple

Julien Dray (PS) estime que l'ampleur de la crise est aussi liée "à des excuses qui n'ont pas été prononcées": "Quand une grenade lacrymogène tombe devant un lieu de prière, on doit s'excuser". Dalil Boubakeur déclare, quant à lui, à sa sortie de Matignon, que "dans des circonstances aussi difficiles, chaque mot a son importance" et qu'il attend "des paroles de paix" de la part du gouvernement. Force est de constater que l’islam est un sujet ici plus que sensible. C’est vrai que des excuses officielles auraient à mon avis calmé pas mal de choses, même si personnellement je trouve tout aussi scandaleux le gazage d’une rame entière de RER (c’est arrivé à un de mes collègues : deux ou trois excités dans une rame, tournée générale de lacrymo pour tout le monde !) que celui d’un lieu de prière. Pas plus. Ni moins ! Quant aux comparaisons douteuses du maire de Clichy, elles ne sont pas non plus susceptibles de calmer le climat actuel des fanatismes religieux. (pléonasme !)

Sortir de la crise

Education et Sécurité

Il faut bien se rendre à l’évidence : les politiques en matière d’éducation et de sécurité de la majorité actuelle sont des facteurs aggravants de la crise qui secoue nos banlieues. On se pose toujours les mêmes questions : il existe bel et bien des zones de non droit dans notre pays, mais ce sont des non droits à une éducation de qualité et des non droits à une sécurité minimum. Les écoles de banlieues, tout comme les commissariats, sont en sous effectifs par rapports aux grandes villes. Les profs comme les flics sont bien souvent des jeunes sans expérience, alors même que ce devrait être le contraire. Le turn-over est très important, les fonctionnaires souhaitant dés qu’ils le peuvent quitter ces banlieues. L’abandon du concept de Police de proximité par Sarkozy n’a fait qu’empirer les choses : la Police n’a plus aucun contact préventif aujourd’hui avec les jeunes de banlieue.

Pourquoi ne pas encourager les longues carrières par des avantages matériels et financiers aux fonctionnaires de banlieues ? Pourquoi ne pas rétablir un rôle social et préventif de proximité de la Police française, comme toutes les autres Polices européennes ? Pourquoi avoir supprimé les emplois jeunes, qui servaient bien souvent de médiateurs, dans l’Education Nationale ? Pourquoi ne pas recruter et former d’avantages d’éducateurs, et préférer abandonner le rôle de la médiation aux « grands frères » et aux imams ?

La nullité gouvernementale

L’absence de réactions immédiates de notre premier ministre et le silence de Chirac (il s’exprimera, parait-il, le moment venu, mais le moment n’est-il pas déjà dépassé ?) sont incompréhensibles. Chirac, dans son rôle de garant de la république, aurait du agir symboliquement depuis longtemps. Je sais, les symboles, ça ne sert pas à grand-chose, (j’ai d’ailleurs beaucoup ri quand le Conseil de l'Europe a lancé un appel à l'apaisement et au dialogue suite aux violences en Ile-de-France, ça doit vachement émouvoir les émeutiers, ça !), mais quand on sombre dans l’irrationnel, les symboles, ça apaise parfois. Mitterrand, malgré tout ce qu’on a pu lui reprocher, savait excellemment bien manier les symboles, quand il prenait la main d’Helmut Kohl pour symboliser la réconciliation franco-allemande, par exemple. Bon, je demande pas à Chirac de rouler une galoche au recteur de la mosquée de Paris, mais une petite visite officielle en banlieue auprès d’éducateurs, de jeunes, de pompiers, de religieux unis, ça n’aurait peut-être servis à rien, mais peut-être seulement. Dans de telles situations, il faut tout tenter pour apaiser. C’est le rôle premier d’un président de la république que de garantir la paix entre les citoyens.

Même à droite, le député UMP Nicolas Dupont-Aignan estime que le chef de l'Etat, Jacques Chirac, est "étrangement muet" et lui demande de "s'adresser rapidement à la Nation" pour présenter des mesures d'urgence.

Le député Vert Noël Mamère, quant à lui, estime que le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy est "dangereux" et se prend pour un "shérif", réitérant qu'il devait démissionner. Julien Dray (PS) est d’un autre avis, et pense assez justement que sa démission ne résoudrait pas la crise et donnerait le sentiment que les émeutiers ont gagné. Moi je pense que de toutes façons, Sarkozy aurait mieux fait de démissionner depuis longtemps, pour l’ensemble de son œuvre !

Les propositions

Le PS a demandé la création d'un fonds national de soutien aux personnes et aux communes victimes de dégradations lors des violences. La mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) a en effet déjà chiffré à près de 7 millions d'euros les indemnisations qu'elle aura à verser à ses assurés après les violences. On se demande pourquoi le gouvernement ne semble s’intéresser actuellement qu’à la répression des émeutes, et non au soutien aux victimes.

François Hollande et les deux présidents de groupes socialistes au Parlement ont également écrit au Premier ministre pour exiger l'organisation "dans les meilleurs délais" d'un débat parlementaire. Ca serait effectivement la moindre des choses, pour essayer de trouver des solutions dans une union sacrée et dans le consensus général. (on peut toujours rêver, non ?)

Sinon, il faut quand même le signaler, certains trouvent qu’il n’y a pas assez de répression ! Philippe de Villiers demande ainsi au Premier ministre "d'élever le niveau de la réponse de l'Etat à ce qui apparaît de plus en plus comme une guerre civile ethnique". (on appréciera sa façon de calmer le jeu) Quant à Marine Le Pen, elle demande que "le Conseil des ministres décrète immédiatement l'état d'urgence" sur "tous les territoires" touchés par les violences. Pourquoi ne pas passer ces « territoires » au napalm, tant qu’on y est ?

Et après ?

Un jour cette crise s’arrêtera. D’abord parce qu’il va commencer à pleuvoir et faire froid, et qu’en France, on aime bien se révolter et manifester, mais sous le beau temps, le printemps étant l’idéal, faut pas pousser quand même. Et puis, au rythme de 1000 voitures cramées par nuit, il n’y aura de toutes façons plus de combustible d’ici 82 ans. Un jour donc, ça s’arrêtera. Mais rien ne sera résolu pour autant et tout pourra recommencer un jour ou l’autre, surtout si le gnome devient président.

Pour éviter cela, il serait bon d’envisager enfin de véritables politiques en phase avec la réalité. Ce n’est pas le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo, qui va sauver la France, en déclarant que Dominique de Villepin lui a demandé "d'accélérer" la mise en place des plans de rénovation urbaine et de cohésion sociale, dont il a la charge.

Ce qu’il faudrait, c’est une véritable politique de la ville et du logement, intégrant tous les facteurs : architecture, urbanisme, mixité sociale, lutte contre la flambée de l’immobilier et les spéculations…

Ce qu’il faudrait, c’est une véritable politique anti-exclusion et anti-discrimination, pour que chacun ait une chance identique d’obtenir un emploi, pour que chacun ait un logement, pour que chacun puisse bénéficier réellement de la couverture maladie universelle.

Ce qu’il faudrait, c’est une véritable politique de désenclavement des banlieues par le développement des transports en commun, à un prix abordable !

Ce qu’il faudrait, c’est une réforme en profondeur de la Police Nationale. En Allemagne, la Police a un rôle social. En Belgique et aux Pays-Bas, la Police a un rôle de prévention et les élus locaux siégent dans un conseil de sécurité aux côtés de la Police. Pourquoi ne pas s’en inspirer ? A ce titre, Alain Vogelweith, juge des enfants du tribunal de grande instance de Bobigny et membre du Syndicat de la Magistrature, estime que les violences ne peuvent se régler uniquement "par l'envoi de cars de CRS". "Il va falloir que les pouvoirs publics rompent avec une approche purement d'ordre public."

Ce qu’il faudrait… c’est un autre gouvernement !

Car, jusqu’ici… tout va mal !

mercredi 2 novembre 2005

Ca flambe vers chez moi.

Chaque nuit les affrontements en banlieue parisienne semblent s'étendre un peu plus. Ce qui me fait poser plusieurs questions :

Est-il normal qu'un ministre de l'intérieur joue aux pompiers pyromanes ?

Est-il normal, alors qu'il y a eu deux morts et d'inombrables dégats, que la polémique polititienne prenne le dessus ?

Est-il normal q'un gouvernement soit incapable de gérer cette crise, et préfaire s'entre déchirer par phrases assassines interposées ?

Est-il normal que certains à gauche voient toujours comme une excuse la précarité dans ces affrontements ?

Est-il normal que notre Police Nationale soit gangrénée par des éléments minoritaires racistes et que les bavures soient systématiquement couvertes ?

Est-il normal que certains quartiers dits sensibles soient sous la dictature de bandes organisées mafieuses et violentes ?

Est-il normal de caillasser des services de secours qui sont au service des citoyens les plus vulnérables ?

Est-il normal que seule la religion puisse calmer les plus revendicatifs et que seul le recteur de la Mosquée de Paris fasse une visite à Clichy alors qu'aucun représentant de notre Etat laïque ne s'y est encore rendu ?

Est-il normal ou suréaliste que seuls "les grands frères" des banlieues puissent protéger les CRS et pompiers en action la nuit ?

Est-il normal que je ne me sente pas plus du côté des "condés" que des "caillera" ?

Est-il normal que ce genre d'événements ne se passent jamais à Neuilly mais toujours chez les plus démunis qui voient leurs voitures cramer ou leurs petits commerces partir en cendres ?

Est-il normal que je me sente bien seul au milieu de fous, ou serais-je le seul fou à enfermer ?

jeudi 29 septembre 2005

Peut-on raler de tout ?

Critiquer tout, c'est comme rire de tout : oui... mais pas avec n'importe qui ! Ben voilà, aujourd'hui, je suis gêné... On va encore dire que je suis jamais content, que je vois toujours le mal partout... Que j'ai tendance à plus remarquer la moitié vide du verre que la moitié pleine... Que mes billets ne sont que des coup de gueule aigris de petit bourgeois !... (d'abord ce n'est pas totalement vrai, lisez les articles de la rubrique "notre planète", vous verrez que je peux être aussi constructif et souligner les bonnes initiatives !) (fin du mode auto-promotion) Pourquoi cette introduction précautionneuse inhabituelle ? Parce-que ce que je vais dire dans ce billet me fait de la peine, et risque d'être mal interprété par certains ! Je vais y parler de l'humanitaire, et je vais essayer d'expliquer pourquoi on ne peut pas tout accepter sous couvert de bonnes intentions.

N'avez-vous pas remarqué, surtout ces derniers temps, comment les différentes associations humanitaires tentent de se faire concurrence les unes contre les autres ? Déjà, cette première question est très polémique, je le concède, mais je vous avez prévenu ! Pourtant, quand Médecins sans Frontières dénonçait le manque de transparence de ses autres collègues à l'occasion des dons récoltés pour les victimes du Tsunami asiatique, dons qui seront finalement reversés à d'autres causes (tout aussi louables, certes) sans en avertir les donateurs, la question taboue se posait déjà ! Jusqu'où peut on aller pour inciter les gens à donner ? Jusqu'au Téléthon, épisode télévisuel douloureux que nous inflige le service public tous les ans ? (comme disaient très justement les Guignols : "vous n'êtes pas forcés de regarder pour donner !") Jusqu'à un Sidaction de 1996 qui fut un fiasco, tout ça parce-que Act-Up avait osé dire la vérité tout haut, maladroitement ?

Voici un exemple très concret des dérives actuelles dans la gestion communicative des associations humanitaires : l'autre jour, je reçois une lettre en provenance de Pmnon Penh (Cambodge). C'est pas si souvent que ça arrive ! Beau timbre un peu kitch, tampon cambodgien, étiquette "by air mail"...

l'enveloppe

Je me suis tout de suite demandé quel était l'imbécile parmi mon entourage qui se dorait la pilule au Cambodge ! Et puis, en ouvrant, je n'en ai pas cru mes yeux ! C'était une lettre à entête de Handicap International (co-fondateur de la campagne internationale pour interdire les Mines Antipersonnel, co-prix nobel de la paix), signé du directeur de la mission Handicap International au Cambodge. Cette lettre commençait ainsi :

"La petite Mom dont je vous joint la photo a sauté sur une mine antipersonnel. Cette béquille en bambou est un S.O.S. que je vous envoie depuis le Cambodge, pour vous demander d'offrir une "nouvelle jambe" à une victime de mine."

Et effectivement, comme vous pouvez le voir ci-dessous, accompagnant la lettre et le bulletin de dons, j'ai découvert cette photo et surtout une petite béquille en bambou, d'un très bon goût.

la petite béquille

Alors vous allez me dire qu'il faut choquer les gens, qu'il faut qu'ils identifient les petites victimes larmoyantes, pour que les dons affluent. Et bien je trouve ça triste, j'en suis désolé, mais ce genre de bons sentiments larmoyants et cette mise en scène (la lettre envoyée du Cambodge, j'espère que ça leur coûte pas trop cher en frais de fonctionnement..), tout ça, ça ne marche pas avec moi ! Enfin, je veux dire, je n'ai pas besoin de ça pour donner. Je préfère les compte rendus sobres et l'honnêteté de Médecins sans Frontières, par exemple. Ca m'atriste d'autant plus que je sais que Handicap International fait un travail remarquable sur le terrain, et que ses volontaires sont des hommes et des femmes... comment dire... biens, y'a pas d'autres mots !

Mais bon, voilà, j'ai peut-être l'esprit chagrin ou cynique, mais je continuerai à être choqué en recevant ce genre de lettres, je continuerai à aller au cinéma le jour du Téléthon, et à faire des blagues débiles sur les handicapés... mais pas avec n'importe qui !

Sinon, pour faire un don à Handicap International, c'est ici que ça se passe, ils en ont vraiment besoin, pas seulement pour leurs campagnes de pub !

vendredi 9 septembre 2005

Septembre, en attendant la suite ...

Cette rentrée particulièrement mouvementée du côté météorologique m'a fait imaginer un dialogue illustrant nos excellentes relations franco-américaines :

Le français : " Katrina ? Normal : qui sème le vent récolte la tempète !" L'américain : " Tout ceci ne serait jamais arrivé si La Nouvelle Orléans n'avait pas été concue par des frenchies !"

Lire la suite...

vendredi 8 juillet 2005

Nous sommes tous des londonniens ?

Mercredi 6 juillet 2005, j’ai eu honte d’être français. Déjà, l’attente de la décision du comité olympique à Singapour commençait très mal : télévisions survoltées, chauvinisme galopant, crétinisme mis sur piédestal. Déjà, voir ces cohortes brandissant des oriflammes tricolores devant l’hôtel de Ville de Paris me faisait froid dans le dos. C’est quand même fou le nombre de personnes qui visiblement ont un drapeau français chez eux. Ca ne me viendrait pas à l’idée d’en acheter un, mais je dois être mauvais citoyen. Déjà que je n’aime pas la Marseillaise… Moi, je regardais toute cette histoire avec distance : que la France ait ou non les jeux, ça m’en touchait une grosse quoi ! Je n’étais pas de ceux qui disent toujours « non » à tout, parce-que je pense qu’il y a des combats plus importants à mener en ce moment… Je n’étais pas non plus du côté des supporters hystériques de Paris 2012 qui semblait nous faire croire que l’esprit olympique existait toujours (si il a un jour existé…) et que tout ceci, juré-craché, n’avait rien à voir avec une histoire de gros sous !... Non, tout au plus d’un esprit pragmatique, je me serais réjoui que l’on modernise ma ligne de RER et les quartiers nord de Paris, même si je trouve dommage qu’il faille attendre cette occasion pour ce faire !

Ce combat annoncé France-Angleterre sentait le gaz de toutes façons. Je n’ai toujours pas compris ce qu’on reprochait aux anglais ces derniers temps… de ne pas vouloir de l’euro ? Visiblement ils ont peut être eu raison ! De ne pas vouloir participer plus financièrement à l’Europe ? C’est oublier de dire qu’ils participent déjà plus que la France ! D’être trop libéral ? C’est vrai que Chirac et Sarkozy sont communistes, j’avais oublié ! De faire du lobbying pour défendre leur candidature londonienne ? C’est vrai que les Champs Elysées bloqués une journée, toutes les rames de métro et RER aux couleurs de Paris 2012, David Douillet sur toutes les chaînes, un film de propagande de Luc Besson … tout ça ne coûte rien !

Et quand vient le résultat qui ne correspond pas à ce que l’on voulait, c’est l’explosion populiste, xénophobe. Le peuple parle, et comme bien souvent, le peuple dit des conneries. On trouve des raisons : C’est le non au référendum, c’est Le Pen au second tour, c’est les phrases de Chirac contre les anglais, c’est notre position sur la guerre en Irak … C’est surtout oublier de dire que le projet anglais, objectivement, était meilleur que le nôtre ! Mais le français n’aime pas perdre. Il préfère dire qu’il y a eu sans doutes des tricheries, que le vote était truqué… Le français parle beaucoup de fair-play, d’esprit olympique etc. Mais au moment de perdre, le français redevient ce qu’il est par nature : haineux, rancunier et chauvin.

Quand un jour plus tard, à la suite d’attentats, il est bien vu de dire « je suis aussi un londonien », je ris jaune. Ceux sur qui l’ont crachait depuis un jour, que dis-je, depuis des siècles, sont aujourd’hui l’objet de notre plus grande compassion. Le français est donc aussi faux-cul.

Je n’aime pas les drapeaux tricolores, je n’aime pas la marseillaise, je n’aime pas l’armée, je n’aime pas l’Eglise, je ne me reconnais plus dans aucun parti politique, je trouve que dès qu’on se rassemble à plus de trois, on est une bande de cons, j’ai voté non à la constitution européenne et je rêve d’une autre constitution française… Serais-je encore français ?

jeudi 7 avril 2005

L'incertitude des choses

Si il y a bien une chose qui est certaine, c'est que tout est incertitude. Et cela chacun en conviendra. Et pourtant, chacun se sent obligé de choisir un camp, et par la même d'être sûr de ses choix, certain que sa propre opinion est la bonne. Que ce soit dans les grands principes moraux et politiques ou dans la futilité de la vie quotidienne, celui qui est incertain sera montré du doigt. Choisir son camp ou ne pas exister, tel semble être le choix schizophrénique qui nous est proposé.

Choisir son camp actuellement, c'est d'abord choisir de croire en Dieu ou non. Etre croyant ou Athée. L'agnostique, qui lui ne se prononce pas sur la question, estimant qu'il n'a pas assez d'éléments pour trancher, sera mal vu par les deux camps. Moi qui ai choisi le camp de l'athéisme par conviction, je ne peux m'empécher cependant d'admirer ces gens-là. Car avouons-le, scientifiquement, il n'est toujours pas possible de démontrer la non-existence de Dieu. Tout comme son existence, évidemment. Alors je me dis que si c'est ainsi, l'Athéisme ne peut être considéré que comme un acte de foi. En être conscient évite à mon avis les intégrismes des deux camps. L'incertitude peut donc être considérée ici comme salutaire, bien qu'ultra minoritaire.

Dans le domaine plus cartésien des Sciences, il semble encore plus évident que l'incertitude n'a pas sa place. Quand Einstein a publié ses premières théories sur la relativité, le milieu scientifique était, au début, plus que sceptique ! Relativisme, puis plus tard physique quantique : deux principes qui battent en brèche nos certitudes, et qui vont plus loin en établissant un principe d'incertitude ! Ainsi, une particule pourait se trouver en plusieurs endroits en même temps ? Ainsi, on ne saurait et on ne saura jamais la localiser à un instant donné avec certitude ? L'absence de solution est partie intégrante de l'équation ! Accepter ce genre de choses, c'est accepter le fait que non seulement on n'accédera jamais à la connaisance totale de notre univers, mais qu'en plus tout ce qu'on a établi jusqu'à maintenant n'est pas certain.

Dans notre monde moderne, là non plus, celui qui est certain ne "percera" pas ! Etre sûr de ses choix dans son travail, c'est une des qualités "fondamentales" que nous demandent nos patrons. Quitte ensuite, si l'on se plante, à trouver des prétextes douteux ou à en reporter la faute sur un collègue ou un autre service... Pourtant, là encore plus qu'ailleurs, la certitude ne devrait pas guider nos décisions. Etre incertain ne devrait pas être une faute ! Comment être sûr en effet de l'application d'une décision si celle ci est dépendante de facteurs complexes et multiples, surtout dans les entreprises actuelles où bien souvent les services se font la guerre, où le conservatisme est de mise, et où l'erreur, tout simplement, est humaine ! Rappelez-vous l'effet papillon : une mouche pète à Tombouctou, un Pape meurt au Vatican ! (Mince ! Moi qui m'étais promis de ne pas parler du pape !) Comment alors oser prétendre être sûr de soi ?

Là où ça devient comique, c'est en Politique. Quel est celui ou celle qui osera nous avouer, dans les médias, que non, décidément, il n'est pas certain que le chomage baissera, que l'économie repartira, que les salaires dans le privé augmenteront... parce que, tout simplement, il est impossible de prédire ce genre de chose avec certitude, parce que, de nos jours, la politique n'a qu'une influence minime sur l'économie... Non ! Ce genre de choses ne se verra jamais ! La certitude de nos hommes politiques est tellement plus rassurante que la vérité ! Ainsi donc, nous nous baignerons dans la Seine en 1978, Edouard Balladur ne se présentera pas en 1995, les 35 heures créeront 500 000 emplois et le chomage baissera cette année... Qu'il est beau d'être certain en politique !

Il faut choisir son camp, avoir une vision de gauche, ou une vision de droite. Etre au PS ou chez les verts, et donc soutenir à fond la constitution européenne. Ou bien être à l'UMP, et combattre jusqu'au bout l'entrée de la Turquie dans l'union... Tant pis pour ceux à gauche qui sont contre cette constitution. Tant pis pour ceux à droite qui sont favorables à l'intégration de la Turquie ! C'est au militant de s'adapter aux clivages ! Quant à être incertain sur la question européenne, ne même pas l'envisager ! D'ailleurs, pourquoi devrait-on être incertain face à un texte aussi limpide ? Celui qui hésite n'y connait rien et ne devrait même pas avoir le droit de vote ! Une fois de plus, moi qui me suis engagé (malgrè moi) dans le camp du non, je n'arriverai pas à vous convaincre de mon choix, car j'ose dire que je n'en suis pas sûr ! Honte à moi ! Sus à moi ! (Hum !)

Même sur le web, prendre parti, dans les forums, sur les blogs, est devenu un sport national. Ainsi donc, il y a les adeptes du logiciel libre, de Linux, du code valide... contre les adeptes du logiciel propriétaire, de Windows, et du code "libre"... Tout est si simple, y'a plus qu'à choisir ! Moi ca me rappelle vaguement un bon vieux clivage gauche-droite, mais chut ! Faut pas le dire ! Pas de politique dans le monde informatique ! "Débattons" est devenu "Trollons" ! "Votons" est devenu "Pétitionnons en ligne !" La nuance n'est plus de mise ! Choisissez votre camp, vous ne convaincrez pas l'autre, mais peu importe ! Mourrez les armes à la main !

Et quand certains nuancent, prennent du recul sur le phénomène, font un pamphlet, ils se font prendre en tenaille par le camp ennemi, et même par leur propre camp ! Je veux parler de Tristan Nitot, le président de Mozilla Europe, qui, bien que partisan du camp du "libre", vient d'acheter un Mac et en est satisfait, déclenchant parfois des réactions vives de la part de son propre camp... et qui vient de lancer une polémique en écrivant un billet pamphlétaire distancier et plein d'humour au sujet de Loïc Lemeur, l'autre star des blogs, mais celle du côté obcur de la force, puiqu'il est le PDG de Six-Apart, l'équivalent commercial de Dotclear pour mettre en ligne des blogs. Quand on lit la réponse de Loïc, on se dit que ce type ne manque pas de certitudes. Qu'il est, au fond, sûr d'avoir choisi le bon camp, et que cela le rend du coup un peu paranoïac (puisqu'il croit avoir lu que Tristan le diffamait), et menaçant (recours aux avocats)... Mais au fond, c'est encore la lecture des commentaires de ces deux articles qui est la plus instructive : le clivage entre les deux camps n'a jamais été aussi fort, chacun étant persuadé d'avoir raison... Seuls quelques malheureux lecteurs des deux blogs (si, ça existe) prennent la chose avec humour et se délectent de ces joutes bloguesques. Tout cela parait délicieusement absurde, mais puisque plus rien n'est certain, l'absurde ne pourait-il pas être notre sauveur ? Ce n'est pas une certitude...

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