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Présidentielles 2007

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vendredi 27 octobre 2006

J’ouvrirai une bouteille de champagne

Le 10 mai 1981, mon père ouvrit une bouteille de champagne. Je ne pense pas qu’il le refit en 1988, mais qu’importe.

Le 6 mai 2007, j’ouvrirai une bouteille de champagne.

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jeudi 28 septembre 2006

Politique spectacle

Ce n’est pas nouveau. Mais c’est encore plus flagrant en année électorale. Et cette année, cela bat tous les records ! La politique est aujourd’hui envisagée comme un spectacle total. L’électeur doit en avoir pour son argent. A tel point que cela frise parfois la grand barnum. Le n’importe quoi. La politique – les politiques – n’en sortent pas grandis.

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lundi 25 septembre 2006

Et si Bayrou avait raison ?

A l'occasion de sa nouvelle formule, Télérama[1] devait lancer prochainement une campagne de publicité originale en présentant un extrait de son fameux "courrier des lecteurs" (voir ci-dessous)

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jeudi 7 septembre 2006

Ascenseur pour les fachos

En ces temps pré-électoraux, les immigrés clandestins seraient-ils pris en otage par les deux côtés opposés de l'échiquier politique ? Cachan, ultime redondance d'un sujet hautement brûlant ?

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lundi 24 juillet 2006

Je te souhaite tout le malheur du monde

Nicolas Sarkozy (on s'en lasse pas, faîtes une recherche iznogoud sur google, s'est trop bien !) il y a quelques temps de ça à déclarer qu'il fallait faire du chiffre avec les immigrés. En effet, vous ne le saviez peut-être pas mais en France, le problème, c'est les immigrés.

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vendredi 9 juin 2006

Le P.S. a un programme

Plus les élections de 2007 approchaient, et plus, comme d’ailleurs la majorité de l’électorat de gauche en France, je me sentais désespéré ! Mais l’incroyable est arrivé.




Je suis triplement positivement étonné !




Le Parti Socialiste a un projet.

Celui-ci est loin de me déplaire.



Son secrétaire général, François Hollande, me semble maintenant le mieux à même de le défendre.




Oui, vous avez bien lu ! Et je sens que certains vont être déçus. Je ne parle pas de mes lecteurs de droite (ils existent, même si ils se comptent sur les doigts de la main !), mais bien sûr de certains de mes lecteurs de gauche et des verts qui vont me prendre pour un social-traitre !




J’ai vu François Hollande à la télévision jeudi soir sur France 2, et j’ai lu cette nuit les 20 pages pdf du programme socialiste.

Le P.S. a un programme ! L’évènement n’est pas anodin puisque cela n’était pas arrivé depuis l’accession de Jospin comme premier ministre avec son projet phare des 35 heures. On se rappelle en effet qu’en 2002, le P.S n’avait absolument rien à proposer, ce qui, entre autres, lui avait coûté le second tour. C’est donc la première surprise : malgré les divisions, malgré la course des présidentiables à l’Elysée, le P.S. a réussi à se mettre d’accord à l’unanimité sur un programme. Bien sûr, ce n’est pas un programme commun de la gauche et des verts comme je l’aurais souhaité, mais c’est un réel programme. Pas de mesure phare comme sous Jospin, mais ce programme n’en comporte pas moins quelques petites « révolutions » (pour des socialistes, tout est relatif !), notamment sur les sujets écologiques, des institutions, ou de la libération des mœurs, comme nous le verrons.

Ce projet ne va peut-être pas assez loin, regretteront certains, mais il a une qualité fondamentale : il est réaliste, donc réalisable. Comme le dit Hollande : « Tout sera chiffré, tout sera tenu ». Et bien j’ai envi de faire confiance à un politique, pour une fois !




Le programme du PS est définitif mais peut encore être amandé par les militants. Comme le précise le journal Libération, certains « débattent déjà pour savoir si ce texte sera le «socle» (version Fabius ou Montebourg) ou le «cadre» (version Hollande) des futurs programmes présidentiel et législatif. La querelle n'est pas que sémantique : sur un socle, on doit rajouter des choses, alors que d'un cadre, il ne faut surtout pas sortir... »

Le P.S. a un chef ! Dans la kyrielle de candidats à la candidature que sont Ségolène Royal, Laurent Fabius, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn ou François Hollande, si l’opinion générale semble pencher envers la première, moi je penche de plus en plus pour le dernier ! Au début, je le concède, c’était plus par élimination. Si l’on excepte des personnes que je juge plus proches de mes idées telles que Mamère, Montebourg, Emmanuelli, Bové, Voynet ou Cochet (beau melting pot, n’est-il pas ?) qui n’auront aucune chance de l’emporter, j’avais déjà éliminé la plupart des prétendants socialistes : Royal (trop réac), Fabius (trop opportuniste), Lang (trop dépensier !), Strauss-Kahn (trop UDF !)… Il ne me restait donc, si l’on excepte l’outsider Martine Aubry dont j’ai toujours apprécié les idées, que le premier secrétaire : Flamby Ier !

Son discours à l’occasion de la dernière motion de censure à l’assemblée m’avais déjà plu : il n’avait plus rien d’un flamby, mais de quelqu’un de combatif non dénué d’humour, ce qui ne gâche rien. Hier soir, sa présentation à la télévision m’a également plu, du moins jusqu’à ce que MAM arrive sur le plateau et ne plombe le débat ! Arriver aussi à garder le P.S unifié derrière un projet et à faire taire les divisions entre ouiouistes et nonistes, tout en lançant des appels à l’union aux autres partis de l’ex-gauche plurielle me semble également un bienfait à mettre à son actif. C’est, de plus, je pense, un des rares, avec sa femme, à être capable de transcender les courants ravageurs de son parti. Reste qu’il n’a pas les faveurs de l’opinion, ni, peut-être, des militants.




Le programme du P.S présenté cette semaine, c’est sans doutes un peu (beaucoup ?) le sien. C'est un programme et non projet, regretteront certains. Ce n'est qu'une liste mesures railleront d'autres. Moi je dis que c'est tant mieux. Nous n'avons pas besoin de grands discours creux d'un "projet". Des mesures concrètes d'un "programme" me paraissent plus réalistes et honnêtes. J'ai décidé de vous énumérer brièvement les quelques mesures qui me plaisent.

Economie

  • Revenir au plein emploi (c'est à dire un chomage à 5%) d'ici 2012. Ca sera sans doutes le plus dure à tenir, mais l'échéance me parait au moins réaliste et la situation démographique devrait aider à atteindre cet objectif.
  • Création d'un fond public de participation destiné à soutenir le capital des jeunes entreprises innoventes.
  • Baisse des impôts aux entreprises qui investissent et redistribuent les dividendes.
  • Création d'une Agence Nationale de réindustrialisation. (rôle pénalisant pour les patrons voyous, aide en cas de délocalisation, etc.)
  • Conférence nationale annuelle tripartite (Etat / Patronat / Syndicats) pour négociations salariales.
  • Mise en place d'un impôt citoyen, fusionnant impot sur le revenu et CSG, prélevé directement à la source. (avec hausse de la CSG nécessaire pour remplacer le pseudo jour férié travaillé) La partie CSG sera rendue progressive, c'est à dire que les plus modestes payeront proportionnellement moins que les plus riches. Je trouve que cette réforme de l'impôt est une excellente idée.
  • Augmentation de la dépense par étudiant pour atteindre en 5 ans le niveau moyen de l'Europe.
  • Progression chaque année de 10% du budget de la recherche.
  • Unification des services publics (en gros, unir ANPE et ASSEDICS ou Impôts et Trésor Public par exemple)
  • Renationalisation d'EDF et création d'un pôle unifié avec GDF.
  • Tarification sociale de l'eau : droit incompressible d'accès à l'eau et tarif différenciés suivant revenus.
  • Réactivation des emplois-jeunes, suppression des CNE
  • Bilan des 35 heures avec partenaires sociaux et extension à tous.
  • Couverture Professionnelle Universelle : droit à la formation individuelle tout au long de sa vie, d'autant plus élevé que la formation initiale aura été courte. (carte vitale professionnelle). Ressource de base garantie pour les chômeurs financée par les impôts + partie proportionnelle au dernier salaire gérée par l'UNEDIC.
  • Programme d'Entrée dans la Vie Active pour les jeunes (allocation d'autonomie au sein d'un parcours de formation et de recherche d'emploi)
  • Cotisations sociales des entreprises modulées selon qu'elles emploient plus ou moins de contrats précaires.

Je n'ai pas retenu le SMIC à 1500 euros d'ici 2012 (brut en +, même pas net !) car c'est une vaste fumisterie !

Développement durable

  • Mise en place d'indicateurs de croissance durable (remplaçant le PNB par exemple et prenant en compte le coût de la pollution, c'est une idée typiquement d'ATTAC)
  • Mise en place de 20% dénergies renouvelables d'ici 2020 et 50 % à plus long terme. (c'est vraiment frileux comme échéance !)
  • Augmentation des crédits accordés au ferroutage.
  • Augmentation de la participation des entreprises au frais de transports en commun des salariés.
  • Mise en place de la norme HQE (haute qualité environnementale) sur l'ensemble du parc immobilier public d'ici 10 ans. (logements sociaux, écoles, hopitaux...)
  • Bonus-Malus pollution : TGAP (taxation générale des activités polluantes) servant à financer allégements fiscaux pour économies d'énergie. Taxe sur le kérosène pour transport de fret. (je suis masochiste !)
  • Prélévement exceptionnel en cas de super profis des entreprises pétrolières.
  • Ministère du développement durable
  • Allègement des prélèvements, aide à l'installation pour l'agriculture durable.
  • Développement des biocarburants.
  • OGM en plein champs interdits.

Education

  • Service public de la petite enfance (dès 2 ans, encadrement pédagogique, culturel et médical pour les plus modestes)
  • Scolarisation obligatoire dès 3 ans (modèle scandinave)
  • Reforme des ZEP : moyens augmentés, effectifs d'élèves maximums, formation spéciale des enseignants)
  • Dotation des écoles privées mise sous condition de réelle mixité sociale.
  • Chaque lycée ouvrira à 5% de ses élèves la possibilité de faire une classe prépa.
  • Sections d'excellences implantées dans établissements sensibles.
  • Abolition de l'apprentissage à 14 ans et du travail de nuit à 15 ans. (si, si, çà existe, made in droite, pour ceux qui savaient pas...)
  • Gestion des ressources humaines de l'éducation nationale : formation continue, aide aux enseignants en difficulté, aide à la mobilité...)

Sécurité

  • Rétablissement de la Police de proximité
  • Evaluation des services rendus par chaque commissariat et gendarmerie.
  • Plan de lutte contre les vionences conjugales sur le modèle espagnol.
  • Sanctions par travaux d'intérets généraux relancées.

Logement

  • 120000 logements sociaux par an
  • 25% des programmes immobiliers privés seront réservés obligatoirement aux logements sociaux.
  • Bouclier logement : les ménages modestes auront des loyers plafonnés à 25% de leurs revenus.
  • Revalorisation des APL
  • Doublement des résidences étudiantes en 5 ans
  • Triplement des sanctions financières à l'encontre des communes qui ne respectent pas la mixité sociale.
  • Suppression de la loi de Robien qui favorise trop les propriétaires au détriment des locataires.
  • Contrôle des ventes à la découpe

Santé

  • Réforme des dépassements d'honoraires
  • Carte santé jeune 16/25 ans avec gratuité de consultation
  • Ouverture de 500 maisons de santé avec accueil coordonné de médecins. (ce qui désngrogera les urgences)
  • Légalisation de l'assistance médicale de fin de vie (ils n'osent pas encore dire l'eutanasie !)
  • Ouverture d'un débat pour modifier la loi de 1970 sur les stupéfiants et pour une régulation publique du cannabis.

Pauvreté

  • Suppression du RMI, création du Revenu de Solidarité Active, ouvert aussi aux travailleurs pauvres.
  • Service universel bancaire de base gratuit.

Retraites

  • Abrogation de la réforme Fillon
  • Renégociation d'une réforme avec les partenaires sociaux, garantie de la retraitre à 60 ans.
  • Retraite minimale garantie, proche du SMIC.
  • Emplois jeunes ouverts dans les structures d'accueil des personnes agées

Territoires

  • Solidarité envers les communes pauvres : crédits , mesures d'urgence...
  • Mise en place de 500 maisons de la citoyenneté avec réseau des centres sociaux et culturels et aide de l'état aux initiatives collectives et individuelles des habitants.

Nouvelle République

Le P.S n'ose pas parler de 6ème république, mais c'est un premier pas. Mise en place d'un référendum institutionnel pour une république plus parlementaire dans les 6 mois après accession au pouvoir.

  • Responsabilité du président de la république. (peut être destitué par assemblée nationale) Ne préside plus le CSM. Ne nomme plus de membre de conseil constitutionnel. Mandat de 5 ans non renouvelable.
  • Premier ministre lié à un contract de majorité. (sollicite la confiance à l'assemblée avant d'engager action)
  • Parité gouvernementale : autant d'homme que de femme !
  • Suppression du 49-3
  • Stricte limitation de la procédure d'urgence
  • Mandat unique pour les parlementaires
  • Introduction d'une dose de proportionnelle à l'assemblée pour une meilleure représentativité
  • Députés représentants les français de l'étranger
  • Redécoupage des circonscriptions pour tenir compte de l'évolution démographique
  • Réforme du Sénat avec extension du mode de scrutin proportionnel départemental (permettra l'alternance) Droit de véto constitutionnel supprimé.
  • Droit de pétition : Loi d'initiative citoyenne avec pétition d'un million de signatures sur au moins 30 départements.
  • Prise en compte des bulletins blancs
  • Droit des citoyens à saisir le conseil constitutionnel
  • Droit de vote aux étrangers acquittant des impôts depuis plus de 5 ans aux élections locales
  • Rénovation et renforcement du rôle du Conseil Economique et Social (troisième chambre)
  • Regroupement de l'ensemble des élections locales le même jour (contre l'abstention), mandat unique de 5 ans pour toutes élections.
  • Taxe d'habitation modulée en fonction des revenus

Travail

  • Droit de vote des salariés aux conseils d'administration ou de surveillance
  • Droit de suspension d'une OPA par le ministre de l'économie
  • Stock option et primes parachutes encadrées par la loi
  • Publication obligatoire de la rémunération des dirigeants d'entreprise
  • Augmentation des effectifs des inspecteurs du travail

Justice

  • Augmentation massive du budget de la justice
  • Service public de la défense : avocats pour tous.
  • Le juge d'instruction travaillera en collégialité

Egalité

  • Dotations publiques supprimées aux formations politiques qui ne respectent pas la parité
  • Mise en place du CV anonyme
  • Droits étendus aux pacsés : succession, logements, droits sociaux.
  • Mariage et adoption ouverts aux couples homosexuels
  • Chaque nouvelle loi vôtée devra prendre en compte les handicapés
  • Service Civique Obligatoire : pour filles et garçons entre 18 et 25 ans. (sécurité civile, humanitaire, aide aux personnes agées, etc.) Service de 6 mois fractionnable, indemnisé.
  • Abrogation des lois Sarkozy sur l'immigration
  • Création d'une Police Européenne aux frontières

Culture

  • Nouvelles sources de fiancement pour les droits d'auteurs : taxes auprès des FAI, opérateurs de téléphonie, fabricants de logiciels...
  • Renforcement des moyens budgétaires alloués à la culture jamais vu depuis 1981
  • Loi programme pour les intermittants du spectacle
  • Education à l'image télévisuelle à l'école
  • Audiovisuel public financé par taxation des recettes publicitaires des médias privés.
  • CSA désigné par assemblé nationale

Europe

  • Augmentation du budget européen pour la recherche et l'innovation
  • Traité social européen pour harmoniser les politiques sociales
  • Elaboration d'un nouveau traité européen purement institutionnel soumis à référendum

Monde

  • Demande de mise en place d'une ONU économique, conseil mondial de développement durable.
  • Accord international pour mettre fin aux paradis fiscaux
  • Taxe internationale de type Tobin
  • Annulation de la dette des pays les plus pauvres
  • Aide publique au développement portée à 0,7% du PIB

lundi 15 mai 2006

Honte à lui (4/4) : Ceux qui résisteront au cynisme.

Une loi cynique

Comme toujours pour la droite, le problème de l’immigration clandestine est toujours vu uniquement du point de vue économique. Mais ici, avec ce concept d’immigration choisie, on était rarement allé aussi loin dans le cynisme. Le Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable, qui fédère pas moins de 460 associations, dénonce la "philosophie utilitariste" de ce projet de loi. Pour ces associations, ne seront, avec ce projet, acceptables en France que les étrangers perçus comme nécessaires pour l'économie, "la personne humaine et sa situation personnelle devenant secondaires et ses droits restreints".

Car là est l’effet le plus pervers de cette loi, comme le soulignait fort justement le journal Libération : du côté des pays du Sud, on va assister à un encore plus grand exode des éléments les mieux formés. Les étudiants effectuant leurs études à l'étranger ne reviennent que trop rarement dans leur pays. Même chose pour les travailleurs qualifiés. Le fait qu'un Indien décroche un diplôme d'informaticien qu'il exploitera aux Etats-Unis, pour ensuite valoriser cette expérience chez lui, est bon pour l'Inde. Mais il en va autrement de la plupart des pays en développement. Un exemple ? Le départ pour l'Europe d'infirmières du Surinam, formées au compte-gouttes, est catastrophique, tant sur le plan humain que sur le plan budgétaire.

Sans correctif réfléchi, cette immigration «au mérite» équivaudra à une nouvelle forme de pillage des pays d'origine de cette main-d'oeuvre qualifiée dont la formation ne coûte rien. Le problème n'est pas que la France accueille des médecins maliens, si elle en a besoin, c'est qu'elle ne le fasse pas aux dépens du Mali. Or, sans mécanismes compensateurs, la loi aggravera les déséquilibres déjà existants. Elle redoublera l'injustice par le cynisme !

Résistances

Au milieu de la décomposition gouvernementale, entre crise du CPE et crise de Clearstream, la loi aurait pu passer inaperçue, surtout avec cette détestable habitude anti-démocratique qu’ont les chiraquiens de faire passer leurs lois en urgence et sans véritables débats publics. La plus inattendue des résistances à ce projet de loi est d’abord venue du monde religieux. Les présidents du Secours catholique, du Comité catholique contre la faim et le développement, ou encore de la Cimade, étaient présents à une conférence de presse. Encore plus fou, les trois présidents du Conseil des Eglises chrétiennes de France, Mgr Jean-Pierre Ricard pour les catholiques (ca ne s’invente pas), Jean-Arnold de Clermont pour les protestants et Mgr Emmanuel pour les orthodoxes, vont écrire à Villepin pour s'opposer à ce projet. Ce courrier sera rendu public en début de semaine. Il n’est pas dans les habitudes des religions de mener des combats gauchistes, preuve que ce projet est plus qu’inquiétant. Bien sûr, les responsables religieux ne sont pas allés jusqu’à prôner la désobéissance civique (tout le monde n’est pas Jésus Christ !) ni à appeler à manifester. Bien sûr, les curés voient d’un assez mauvais œil les occupations d’églises parisiennes en cours par les sans papiers. Mais une telle mobilisation œcuménique est tellement rare que la situation semble inquiéter de nombreux milieux !

« En précarisant un peu plus des dizaines de milliers de personnes et de familles, la législation annoncée apparaît déjà comme la plus restrictive depuis la seconde guerre mondiale (…). Nous affirmons aujourd’hui que c’est le gouvernement, qui, en sacrifiant l’avenir du vivre-ensemble et en donnant de mauvaises solutions à de faux problèmes pour de mauvaises raisons, fait preuve d’irresponsabilité. » (Tribune publiée jeudi dernier dans Libération et signée par Didier Fassin, président du Comité Médical pour les Exilés, Nathalie Ferré, présidente du GISTI, Françoise Jeanson, présidente de Médecins du Monde, et Patrick Peugeot, président de la CIMADE.)

La résistance active, est elle aussi en marche. Réseau éducation sans frontières propose d'héberger des jeunes menacés d'expulsion et a recueilli déjà plus de 10.000 signatures dont celles de 163 personnalités. RESF appelle à "parrainer, protéger et même héberger", quitte à enfreindre la loi, les jeunes et leurs familles sans papiers menacés d'expulsion et à combattre "la chasse à l'enfant".

C’est ainsi qu’on apprend dans l’Humanité de vendredi, qu’une mère de famille et ses deux enfants ont disparu dernièrement mystérieusement à Lyon. Menacés d’expulsion en pleine année scolaire, alors qu’ils étaient victimes de violences ethniques en Arménie, ces réfugiés ont bien sûr été cachés séparément par des volontaires qui enfreignent délibérément la loi. Ils portent atteinte à cette loi nationale injuste. Mais dans le même temps ils honorent un des piliers de la déclaration universelle des droits de l’Homme : la liberté de circulation.

Ce genre d’actions risquent de se reproduire prochainement. Nous risquons aussi de voir par exemple de plus en plus de passagers se lever et demander aux commandants de bords des charters de reconduite aux frontières de refuser de décoller pour des raisons de sécurité. Se lever et refuser de s’asseoir, empêchant le décollage, par solidarité. Ce ne serait pas un délit. Ce ne serait pas un droit.

Ce serait un devoir !

dimanche 14 mai 2006

Honte à lui (3/4) : Celui qui fait de la répression un credo, sans se soucier des conséquences.

Une machine à créer de nouveaux clandestins

Le projet de loi sur l'immigration, en plus d’être une stratégie électorale grossière, est doublement absurde. Absurde parce qu’il ne règle en rien le problème de l’immigration illégale. Pire, il va créer des situations inextricables juridiquement et va grossir le nombre de sans papiers. Absurde surtout parce qu’il renforce les pouvoirs répressionaires déjà énormes de la Police aux frontières, et qu’il ne donne comme réponse que la prison à des personnes qui vivent déjà des drames humains.

Ainsi, selon Catherine Teule, vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme : "loin de lutter contre l'immigration irrégulière, le texte va institutionnaliser la clandestinité des immigrés en France". Selon différentes estimations, les immigrés en situation irrégulière seraient entre 200 000 et 400 000 en France.

L’absurdité du tout répressif

Le tout répressif n’est de toutes façons pas une chose nouvelle pour ce gouvernement. Depuis deux ans, le nombre des déboutés du droit d'asile a littéralement explosé (+40,5% en un an), atteignant plus de 50.000 personnes. Ainsi, l'association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers dénonce la multiplication des procédures pénales de "refus d'embarquer" à bord des charters. L’association dénonce même des situations indignes d’une démocratie occidentale : on a un étranger qui essaie de se faire admettre sur le territoire français, il n'y arrive pas, on le place donc en zone d'attente, dans des conditions dénoncées par la Croix-Rouge. On lui dit de partir, il refuse d'embarquer, c'est un délit et du coup, il est présenté devant un tribunal correctionnel qui, constatant un refus d'embarquer, très souvent, l'envoie en prison". Cette peine de prison - généralement de trois mois - est assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire - généralement de trois ans - qui comporte automatiquement une mesure de reconduite à la frontière. A sa sortie de prison, l'étranger sera transporté dans un centre de rétention. "Sans transition, l'étranger considéré comme indésirable va passer dans trois endroits privatifs de liberté: la zone d'attente, la prison et le centre de rétention", relève l'Anafé. Ce n’est donc plus une double peine (que Sarkozy avait d’ailleurs promis d’abolir), mais bel et bien une triple peine ! Sans compter l’expulsion, qui finira de toutes façons par arriver un jour ou l’autre. Après tout cela, quelle image ces gens-là peuvent-ils avoir de notre nation, celle des droits de l’Homme ?

samedi 13 mai 2006

Honte à lui (2/4) : Celui qui se croyait fin stratège.

Un texte subtil

C’est très subtil, le projet de loi sur l'immigration vise à privilégier une immigration "choisie" et non plus "subie".

Le texte, il faut bien en parler, durcit les modalités d'entrée et de séjour des étrangers en France avec des conditions plus strictes pour le regroupement familial. Le regroupement familial ne pourra être demandé par un étranger qu'après une durée de séjour régulier en France de 18 mois et non plus 12. Ses ressources, d'un montant au moins égal au Smic, devront provenir de son travail. Les parents d'enfants français et les conjoints de Français devront attendre trois ans, au lieu de deux, pour solliciter une carte de long séjour (10 ans).

Le texte instaure aussi la fin de la régularisation automatique "de plein droit" après 10 ans de présence illégale sur le territoire français.

Il institue également une nouvelle carte de séjour appelée "compétences et talents" pour certaines catégories d'étrangers, d'une durée de validité de trois ans renouvelable et réservée à des migrants "hautement qualifiés", (chercheurs, artistes, sportifs de haut niveau) et propose de faciliter la venue et le travail des étudiants étrangers les plus diplômés. (niveau master). C’est vraiment se foutre de la gueule du monde quand on sait que la France a beaucoup plus besoin d’infirmières ou d’ouvriers en bâtiment que d’informaticiens et de bac +4 ! C’est sans doute aussi se foutre de la gueule des milliers de gens en vert qui balayent nos rues parce qu’il n’y a pas assez de français de souche intéressés par cela…

Tout nouvel immigré désirant s'établir durablement devra s'engager à signer un "contrat d'accueil et d'intégration" comportant une obligation de suivre une formation linguistique et civique.

Le texte renforce évidemment également les mesures de reconduites à la frontière. Bienvenue dans nos zones de non droits et nos charters.

Stratégie électorale de diversion.

Le journal Libération s’étonnait il y a peu de temps : « Faire voter une nouvelle loi sur l'immigration, après tant d'autres et sans qu'aucun fait nouveau ne justifie une quelconque urgence, voilà une de ces ficelles électorales grosses comme des câbles de marine dont on s'étonne seulement que quelqu'un ait suffisamment de toupet pour y recourir. »

Car immigration rime bien souvent avec élections. Depuis 1945, ce ne sont pas moins de 38 lois qui ont été établies sur ce sujet ! Avec deux fantasmes exploités par les politiques proches de l’extrême droite : celui de l‘immigré fraudeur et celui du voleur d’emploi. Jamais l’immigration n’a été perçue comme bienfaisante pour notre économie, alors que de nombreux économistes s’accordent à dire que c’est le cas. Pire, jamais l’immigration n’a été envisagée sous un autre angle que celui de l’économie ! Les dérives xénophobes de la droite ne datent pas d’hier, et Sarkozy sait très bien aujourd’hui s’inspirer de vieux thèmes nauséabonds. Souvenez-vous, pauvres français :

Jacques Chirac : "Le travailleur francais qui habite à la Goutte d'or et qui voit sur le palier à côté de son HLM, une famille avec un père, trois ou quatre épouses, une vingtaine de gosses, qui touche 50.000 F de prestations sociales sans travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, le travailleur francais sur le palier, il devient fou. Ce n'est pas être raciste que de dire que nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial" (20 juin 1991).

Charles Pasqua : "L'objectif que nous nous assignons, compte tenu de la gravité de la situation économique, c'est de tendre vers une immigration zéro" (1er juin 1993).

Jean-Marie Le Pen : "L'interruption volontaire de nationalité" contribue à "peupler la France d'une masse passive et hétérogène d'individus sans repères" et à la transformer en "satrapie du nouvel ordre mondial" (3 octobre 1998).

Nicolas Sarkozy : "Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter" (22 avril 2006, paraphrasant un slogan utilisé par le Front national de la jeunesse puis par le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers).

Mais l’Homme de droite sait que cela plait à la populace. Il sait flatter les bas instincts de ses électeurs. Interrogés sur les propos récemment tenus par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, 51% des sondés déclarent que lorsqu'ils entendent dire que si les immigrés n'aiment pas France, ils peuvent aussi bien la quitter, cela "correspond" à ce qu'ils pensent. Ils sont 42% à trouver le contraire, tandis que 7% ne se prononcent pas. Edifiant. Moi qui n’aime pas cette France, dois-je faire mes bagages ?

vendredi 12 mai 2006

Honte à lui (1/4) : Celui qui sera aimé des électeurs de l’extrême droite.

Il ne s’est sans doute pas demandé ce qu’ils faisaient là. Pourquoi ils étaient là. Pourquoi ils étaient prêts, parfois au péril de leur vie, à voyager jusqu’à chez nous dans des conditions exécrables et dangereuses. Pourquoi ils étaient prêts à subir l’échec de la tentative et la prison. Non, c’est sans doute cela, il ne s’est pas posé la question de savoir pourquoi ils étaient prêts à subir les brimades de fonctionnaires racistes travaillant sous son autorité. Pourquoi ils étaient même prêts à risquer leur vie, tout simplement, sous les coups des policiers meurtriers. Aux informations, ils parleront probablement encore d’une bavure. Mais les passagers qui étaient là le savent : mourir étouffé sous un oreiller, c’est un meurtre. Et quand bien même, au cas où cela marcherait, il ne s’est sans doute pas demandé pourquoi ils étaient prêts à vivre des années durant dans la clandestinité. Au risque de se voir séparé de sa famille, de ses enfants, à chaque contrôle de la Police. Il ne s’est sans doute pas demandé pourquoi certaines et certains se taisaient face à l’esclavage moderne, (note : esclavage qui n’a pas disparu par le coup de baguette magique d’un 10 mai de bonne conscience) face à la prostitution, face au chantage. Quand on n’existe pas officiellement, on ne peut prétendre à être protégé comme tout citoyen. Il ne s’est sans doute pas demandé pourquoi notre pays était encore pour certains un rêve de liberté : celui des droits de l’Homme. Pourquoi certains, fuyaient les guerres, la répression politique, les viols, l’excision, l’intégrisme des religions… Et pourquoi d’autres, la majorité – et alors ? – fuyaient, tout simplement, la misère. Est-ce un crime ? Cela il ne se l’est probablement pas demandé non plus.

Sinon, c’est sûr, lui, Nicolas Sarkozy, les accueillerait tous à bras ouverts.

Mais comme il n’a sans doute pas réfléchi à tout cela, trop occupé qu’il est à déjouer les complots de l’Elysée, il a au lieu de cela pondu une loi qui fera de lui un Homme aimé de l’électorat d’extrême droite, et, osons-le le dire, de la majorité des français, qui travaillent, oui Monsieur ! Une stratégie bassement électorale contre-productive et dangereuse. Une loi monstrueusement cynique à laquelle nous devons tous désobéir en masse.

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